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Ernest Hamel - Thermidor

personne de ses derniers défenseurs, pour se saisir sans partage du droit de décimer le peuple, et qui n'a
même pas eu la force de profiter de ses crimes». Les républicains de nos jours, qui font chorus avec «cet

exécrable parti des Thermidoriens», feraient peut-être bien de méditer ces paroles du royaliste auteur

des Souvenirs de la Révolution et de l'Empire.

Eh bien! ce qu'il importe de rétablir à cette heure, c'est la vérité toute nue sur le sanglant épisode de
Thermidor.

C'est ce que je me suis efforcé de faire en remettant sous les yeux du lecteur l'histoire des faits dégagée
de tout esprit de parti, l'histoire impartiale et sereine, qui ne se préoccupe que de rendre à tous et à chacun

une exacte justice distributive.

Je ne saurais donc mieux terminer cette courte préface qu'en rappelant ces lignes que je traçais en 1859 à
la fin du préambule de mon Histoire de Saint-Just, et dont je me suis inspiré dans mon Précis

de l'Histoire de la Révolution
:

«Quant à l'écrivain qui s'imposera la tâche d'écrire sincèrement la vie d'un de ces grands acteurs, il ne
devra jamais perdre de vue que tous les hommes de la Révolution qu'a dirigés un patriotisme sans

arrière-pensée, ont un droit égal à son respect. Son affection et son penchant pour les uns ne devra

diminuer en rien l'équité qu'il doit aux autres. S'il considère comme un devoir de se montrer sévère

envers ceux qui n'ont vu dans la Révolution qu'un moyen de satisfaire des passions perverses, une

ambition sordide, et qui ont élevé leur fortune sur les ruines de la liberté, il bénira sans réserve, tous ceux

qui, par conviction, se sont dévoués à la Révolution, qu'ils s'appellent d'ailleurs Mirabeau ou Danton,

Robespierre ou Camille Desmoulins, Carnot ou Saint-Just, Romme ou Couthon, Le Bas ou Merlin (de

Thionville), Vergniaud ou Cambon. Il se rappellera que la plupart ont scellé de leur sang la fidélité à des

principes qui eussent assuré dans l'avenir la grandeur et la liberté de la France, et qu'il n'a pas tenu à eux

de faire triompher; il réconciliera devant l'histoire ceux que de déplorables malentendus ont divisés, mais

qui tous ont voulu rendre la patrie heureuse, libre et prospère: son oeuvre enfin devra être une oeuvre de

conciliation générale, parce que là est la justice, là est la vérité, là est le salut de la démocratie.»

ERNEST HAMEL

Mars 1891.

CHAPITRE PREMIER

Enfance et jeunesse de Robespierre. - Ses succès au barreau. - Son goût pour les lettres. - La société des
Rosati. - Discours sur les peines infamantes. - L'éloge de Gresset. - Robespierre est nommé député aux

États-généraux. - Le suffrage universel. - Juifs et comédiens. - Popularité de Robespierre. - La pétition

Laclos. - Robespierre chez Duplay. - Triomphe de Robespierre. - Discussions sur la guerre. - Dumouriez

aux Jacobins. - Le bonnet rouge. - Le 10 août. - Les massacres de septembre. - L'accusation de dictature.

- Lutte entre la Gironde et la Montagne. - Le tribunal révolutionnaire. - Les 31 mai et 2 juin. - Les 73

girondins sauvés par Robespierre. - Voix d'outre tombe. - Le colossal effort de la France. - Lutte en

faveur de la tolérance religieuse. - Maladie de Robespierre. - Fin de l'hébertisme. - Les Dantonistes

sacrifiés. - Effet de la mort des Dantonistes. - Hoche et Robespierre. - Reconnaissance de l'Être suprême.

I.

Avant de mettre sous les yeux du public le drame complet de Thermidor, d'en exposer, à l'aide
d'irréfutables documents, les causes déterminantes, et d'en faire pressentir les conséquences, il importe,

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