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Ernest Hamel - Thermidor

justice éternelle, qu'ils déjouent les complots par leur surveillance; que le fruit de nos victoires soit la
liberté, la paix, le bonheur et la vertu, et que nos frères, après avoir versé leur sang pour nous assurer tant

d'avantages, soient eux-mêmes assurés que leurs familles jouiront du fruit immortel que doit leur garantir

leur généreux dévouement.[173]» Comment de telles paroles n'auraient-elles pas produit une impression

profonde sur une société dont la plupart des membres étaient animés du plus pur patriotisme. Ah! si tous

les hommes de cette époque avaient été également amis de la patrie et des lois, la Révolution se serait

terminée d'une manière bien simple, sans être inquiétée par les factieux comme venait de le déclarer

Robespierre. Mais, tandis que de sa bouche sortait cet éloquent appel à la justice, à la probité, à l'amour

de la patrie, la calomnie continuait son oeuvre souterraine, et tous les vices coalisés se préparaient dans

l'ombre à abattre la plus robuste vertu de ces temps héroïques.

[Note 173: Voyez ce discours dans le Moniteur du 30 messidor (18 juillet 1794). Il est
textuellement emprunté au Journal de la Montagne.]

X

Parmi les hommes pervers acharnés à la perte de Robespierre, nous avons déjà signalé Fouché, le futur
duc d'Otrante, qui, redoutant d'avoir à rendre compte du sang inutilement répandu à Lyon, cherchait dans

un nouveau crime l'impunité de ses nombreux méfaits. Une adresse des habitants de

Commune-Affranchie, en ramenant aux Jacobins la discussion sur les affaires lyonnaises, fournit à

Robespierre l'occasion de démasquer tout à fait ce sanglant maître fourbe.

C'était le 23 messidor (11 juillet 1794). Reprenant les choses de plus haut, Maximilien rappela d'abord la
situation malheureuse où s'étaient trouvés les patriotes de cette ville à l'époque du supplice de Chalier,

supplice si cruellement prolongé par les aristocrates de Lyon. Par quatre fois le bourreau avait fait tomber

la hache sur la tête de l'infortuné maire, et lui, par quatre fois, soulevant sa tête mutilée, s'était écrié d'une

voix mourante: Vive la République! attachez-moi la cocarde. Nous avons dit avec quelle

modération Couthon avait usé de la victoire. Collot-d'Herbois lui avait reproché de s'être laissé entraîner

par une pente naturelle vers l'indulgence; il avait même dénoncé à Robespierre ce système d'indulgence

inauguré par Couthon, en rendant d'ailleurs pleine justice aux intentions de son collègue. La commission

temporaire, établie pour juger les conspirateurs, avait commencé par déployer de l'énergie; mais bientôt,

cédant à la séduction de certaines femmes et à de perfides manoeuvres, elle s'était relâchée de sa pureté;

les patriotes avaient été de nouveau en butte aux persécutions de l'aristocratie, et, de désespoir, le

républicain Gaillard, un des amis de Chalier, s'était donné la mort. Cette commission ne fonctionnait pas

d'ailleurs à titre de tribunal; il ne s'agissait donc nullement de la terrible commission des sept

instituée par Fouché et par Collot-d'Herbois à la place des deux anciens tribunaux révolutionnaires

également créés par eux, et qui, astreints à de certaines formes, n'accéléraient pas à leur gré l'oeuvre de

vengeance dont ils étaient les sauvages exécuteurs. C'était cette dernière commission à laquelle

Robespierre reprochait de s'être montrée impitoyable, et d'avoir proscrit à la fois la faiblesse et la

méchanceté, l'erreur et le crime.

Eh bien! un historien de nos jours, par une de ces aberrations qui font de son livre un des livres les plus
dangereux qui aient été écrits sur la Révolution française, confond la commission temporaire de

surveillance républicaine avec la sanglante commission dite des sept, tout cela pour le plaisir

d'affirmer, en violation de la vérité, que Robespierre soutenait à Lyon les ultra-terroristes contre

l'exécrable Fouché[174]. Et la preuve, il la voit dans ce fait que l'austère tribun invoquait à l'appui de son

accusation le souvenir de Gaillard, «le plus violent des ultra-terroristes de Lyon». On ne saurait vraiment

avoir la main plus malheureuse. Il est faux, d'abord, que Gaillard ait été un violent terroriste. Victime

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