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Ernest Hamel - Thermidor

d'oppression, érigeassent en crimes des erreurs ou des préjugés pour trouver partout des coupables et
rendre la Révolution redoutable au peuple même. Comment n'aurait-il pas été maudit des ambitieux

vulgaires, des fripons, des égoïstes, des spéculateurs avides qui finirent par tuer la République après

l'avoir déshonorée?

Un décret avait été rendu qui, en mettant à l'ordre du jour la vertu et la probité, eût pu sauver l'État; mais
des hommes couverts du masque du patriotisme s'en étaient servi pour persécuter les citoyens. «Tous les

scélérats», dit Robespierre, «ont abusé de la loi qui a sauvé la liberté et le peuple français. Ils ont feint

d'ignorer que c'était la justice suprême que la Convention avait mise à l'ordre du jour, c'est-à-dire le

devoir de confondre les hypocrites, de soulager les malheureux et les opprimés, et de combattre les

tyrans; ils ont laissé à l'écart ces grands devoirs, et s'en sont fait un instrument pour tourmenter le peuple

et perdre les patriotes.» Un comité révolutionnaire avait imaginé d'ordonner l'arrestation de tous les

citoyens qui dans un jour de fête se seraient trouvés en état d'ivresse, et une foule d'artisans, de bons

citoyens, avaient été impitoyablement incarcérés. Voilà ce dont s'indignait Robespierre, qui peut-être

avait plus que «ces inquisiteurs méchants et hypocrites», comme il les appelait, le droit de se montrer

sévère et rigide, car personne autant que lui ne prêcha d'exemple l'austérité des moeurs. Après avoir parlé

des obligations imposées aux fonctionnaires publics dont il flétrit le faux zèle, il ajoutait: «Mais ces

obligations ne les forcent point à s'appesantir avec une inquisition sévère sur les actions des bons

citoyens pour détourner les yeux de dessus les fripons; ces fripons qui ont cessé d'attirer leur attention

sont ceux-là même qui oppriment l'humanité, et sont de vrais tyrans. Si les fonctionnaires publics avaient

fait ces réflexions, ILS AURAIENT TROUVÉ PEU DE COUPABLES A PUNIR, car le peuple est bon,

et la classe des méchants est la plus petite.» Elle est la plus petite, il est vrai, mais elle est aussi la plus

forte, aurait-il pu ajouter, parce qu'elle est la plus audacieuse.

En recommandant au gouvernement beaucoup d'unité, de sagesse et d'action, Robespierre s'attacha à
défendre les institutions révolutionnaires devenues le point de mire des attaques de tous les intrigants et

de tous les fripons, devant les convoitises desquels elles se dressaient comme un obstacle infranchissable.

Il ne venait point réclamer des mesures sévères contre les coupables, mais seulement prémunir les

citoyens contre les pièges qui leur étaient tendus, et tâcher d'éteindre la nouvelle torche de discorde

allumée au milieu de la Convention nationale, qu'on s'efforçait d'avilir par un système de terreur. A la

franchise on avait substitué la défiance, et le sentiment généreux des fondateurs de la République avait

fait place au calcul des âmes faibles. «Comparez», disait Robespierre, «comparez avec la justice tout ce

qui n'en a que l'apparence». Tout ce qui tendait à un résultat dangereux lui semblait dicté par la perfidie.

«Qu'importaient, ajoutait-il, des lieux communs contre Pitt et les ennemis du genre humain, si les mêmes

hommes qui les débitaient attaquaient sourdement le gouvernement révolutionnaire, tantôt modérés et

tantôt hors de toute mesure, déclamant toujours, et sans cesse s'opposant aux moyens utiles qu'on

proposait. Ces hommes, il était temps de se mettre en garde contre leurs complots.

Les hommes auxquels Robespierre faisait allusion, c'étaient les Bourdon (de l'Oise), les Tallien, les
Fouché, les Fréron, les Rovère; c'était à ces hommes de sang et de rapine qu'il jetait ce défi hautain: «Il

faut que ces lâches conspirateurs ou renoncent à leurs complots infâmes, ou nous arrachent la vie.» Car il

ne s'illusionnait pas sur leurs desseins; il savait bien qu'on en voulait à ses jours.

Cependant il avait confiance encore dans le génie de la patrie, et, en terminant, il engageait vivement les
membres de la Convention à se mettre en garde contre les insinuations perfides de certains personnages

qui, en craignant pour eux-mêmes, cherchaient à faire partager leurs craintes. «Tant que la terreur durera

parmi les représentants, ils seront incapables de remplir leur mission glorieuse. Qu'ils se rallient à la

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