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Ernest Hamel - Thermidor

seuls pourraient lui fermer la bouche et l'empêcher de combattre les tyrans, les traîtres et tous les
scélérats.

La Société accueillit par les plus vives acclamations ce chaleureux discours, dont elle vota
d'enthousiasme l'impression, la distribution et l'envoi aux armées[168].

[Note 168: Il n'existe de ce discours qu'un compte rendu très imparfait. (Voy. le Moniteur du 6
messidor (24 juin 1794)). C'est la reproduction pure et simple de la version donnée par le Journal de

la Montagne
. Quant à l'arrêté concernant l'impression du discours, il n'a pas été exécuté. Invité à
rédiger son improvisation, Robespierre n'aura pas eu le temps ou aura négligé de le faire.]

VIII

Retranché dans sa conscience comme dans une forteresse impénétrable, isolé, inaccessible à l'intrigue,
Robespierre opposait aux coups de ses ennemis, à leurs manoeuvres tortueuses, sa conduite si droite, si

franche, se contentant de prendre entre eux et lui l'opinion publique pour juge. «Il est temps peut-être»,

dit-il aux Jacobins, dans la séance du 13 messidor, «que la vérité fasse entendre dans cette enceinte des

accents aussi mâles et aussi libres que ceux dont cette salle a retenti dans toutes les circonstances où il

s'est agi de sauver la patrie. Quand le crime conspire dans l'ombre la ruine de la liberté, est-il pour des

hommes libres des moyens plus forts que la vérité et la publicité? Irons-nous, comme des conspirateurs,

concerter dans des repairs obscurs les moyens de nous défendre contre leurs efforts perfides? Irons-nous

répandre l'or et semer la corruption? En un mot, nous servirons-nous contre nos ennemis des mêmes

armes qu'ils emploient pour nous combattre? Non. Les armes de la liberté et de la tyrannie sont aussi

opposées que la liberté et la tyrannie sont opposées. Contre les scélératesses des tyrans et de leurs amis, il

ne nous reste d'autre ressource que la vérité et le tribunal de l'opinion publique, et d'autre appui que les

gens de bien.»

Il n'était pas dupe, on le voit, des machinations ourdies contre lui; il savait bien quel orage dans l'ombre
se préparait à fondre sur sa tête, mais il répugnait à son honnêteté de combattre l'injustice par l'intrigue, et

il succombera pour n'avoir point voulu s'avilir.

La République était-elle fondée sur des bases durables quand l'innocence tremblait pour elle-même,
persécutée par d'audacieuses factions? On allait cherchant des recrues dans l'aristocratie, dénonçant

comme des actes d'injustice et de cruauté les mesures sévères déployées contre les conspirateurs, et en

même temps on ne cessait de poursuivre les patriotes. Ah! disait Robespierre, «l'homme humain est celui

qui se dévoue pour la cause de l'humanité et qui poursuit avec rigueur et avec justice celui qui s'en

montre l'ennemi; on le verra toujours tendre une main secourable à la vertu outragée et à l'innocence

opprimée». Mais était-ce se montrer vraiment humain que de favoriser les ennemis de la Révolution aux

dépens des républicains? On connaît le mot de Bourdon (de l'Oise) à Durand-Maillane: «Oh! les braves

gens que les gens de la droite»! Tel était le système des conjurés. Ils recrutaient des alliés parmi tous

ceux qui conspiraient en secret la ruine de la République, et qui, tout en estimant dans Robespierre le

patriotisme et la probité même, aimèrent mieux le sacrifier à des misérables qu'ils méprisaient que

d'assurer, en prenant fait et cause pour lui, le triomphe de la Révolution.

La crainte de Robespierre était que les calomnies des tyrans et de leurs stipendiés ne finissent par jeter le
découragement dans l'âme des patriotes; mais il engageait ses concitoyens à se fier à la vertu de la

Convention, au patriotisme et à la fermeté des membres du comité de Salut public et de Sûreté générale.

Et comme ses paroles étaient accueillies par des applaudissements réitérés: «Ah! s'écria ce flatteur du

peuple
, ce qu'il faut pour sauver la liberté, ce ne sont ni des applaudissements ni des éloges, mais une

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