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Ernest Hamel - Thermidor

C'est Robespierre qui le veut: nous ne pouvons pas nous en dispenser.... Jusques à quand l'honneur
des citoyens et la dignité de la Convention nationale seront-ils à la merci de ces hommes-là? Mais le trait

que je viens de citer n'est qu'une branche du système de persécution plus vaste dont je suis l'objet. En

développant cette accusation de dictature mise à l'ordre du jour par les tyrans, on s'est attaché à me

charger de toutes leurs iniquités, de tous les torts de la fortune, ou de toutes les rigueurs commandées par

le salut de la patrie. On disait aux nobles: c'est lui seul qui vous a proscrits; on disait en même

temps aux patriotes: il veut sauver les nobles; on disait aux prêtres: c'est lui seul qui vous

poursuit, sans lui vous seriez paisibles et triomphants
; on disait aux fanatiques: c'est lui qui
détruit la religion
; on disait aux patriotes persécutés: c'est lui qui l'a ordonné ou qui ne veut pas
l'empêcher.
On me renvoyait toutes les plaintes dont je ne pouvais faire cesser les causes, en
disant: Votre sort dépend de lui seul. Des hommes apostés dans les lieux publics propageaient

chaque jour ce système; il y en avait dans le lieu des séances du tribunal révolutionnaire, dans les lieux

où les ennemis de la patrie expient leurs forfaits; ils disaient: Voilà des malheureux condamnés; qui

est-ce qui en est la cause? Robespierre
.... Ce cri retentissait dans toutes les prisons; le plan de
proscription était exécuté à la fois dans tous les départements par les émissaires de la tyrannie.... Comme

on voulait me perdre surtout dans l'opinion de la Convention nationale, on prétendit que moi seul avais

osé croire qu'elle pouvait renfermer dans son sein quelques hommes indignes d'elle. On dit à chaque

député revenu d'une mission dans les départements que moi seul avais provoqué son rappel; je fus

accusé, par des hommes très officieux et très insinuants, de tout le bien et de tout le mal qui avait été fait.

On rapportait fidèlement à mes collègues et tout ce que j'avais dit, et surtout ce que je n'avais pas dit. On

écartait avec soin le soupçon qu'on eût contribué à un acte qui pût déplaire à quelqu'un; j'avais tout fait,

tout exigé, tout commandé, car il ne faut pas oublier mon titre de dictateur.... Ce que je puis affirmer

positivement, c'est que parmi les auteurs de cette trame sont les agents de ce système de corruption et

d'extravagance, le plus puissant de tous les moyens inventés par l'étranger pour perdre la

République....[164]»

[Note 164: Discours du 8 thermidor, p. 20, 21, 22, 23. - Et voilà ce que d'aveugles écrivains, comme
MM. Michelet et Quinet, appellent le sentiment populaire.]

Il n'est pas jusqu'à son immense popularité qui ne servît merveilleusement les projets de ses ennemis.
L'opinion se figurait son influence sur les affaires du gouvernement beaucoup plus considérable qu'elle

ne l'était en réalité. N'entendons-nous pas aujourd'hui encore une foule de gens témoigner un étonnement

assurément bien naïf de ce qu'il ait abandonné sa part de dictature au lieu de s'opposer à la recrudescence

de terreur infligée au pays dans les quatre décades qui précédèrent sa chute? Nous avons prouvé, au

contraire, qu'il lutta énergiquement au sein du comité de Salut public pour refréner la Terreur, cette

Terreur déchaînée par ses ennemis sur toutes les classes de la société; l'impossibilité de réussir fut la

seule cause de sa retraite, toute morale. «L'impuissance de faire le bien et d'arrêter le mal m'a forcé à

abandonner absolument mes fonctions de membre du comité de Salut public»[165]. Quant à en appeler à

la Convention nationale, dernière ressource sur laquelle il comptait, il sera brisé avec une étonnante

facilité lorsqu'il y aura recours. Remplacé au fauteuil présidentiel, dans la soirée du 1er messidor, par le

terroriste Élie Lacoste, un de ses adversaires les plus acharnés, peut-être aurait-il dû se méfier des

mauvaises dispositions de l'Assemblée à son égard; mais il croyait le côté droit converti à la Révolution:

là fut son erreur.

[Note 165: Discours du 8 thermidor, p. 30.]

On se tromperait fort, du reste, si l'on s'imaginait qu'il voulût ouvrir toutes grandes les portes des prisons,

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