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Ernest Hamel - Thermidor

Fouquier-Tinville était-il de la conjuration? On pourrait le croire. Il recevait de fréquentes visites d'Amar,
de Vadier, de Voulland et de Jagot - quatre des plus violents ennemis de Robespierre - qui venaient lui

recommander de mettre en jugement tel ou tel qu'ils désignaient[161]. On sait avec quel empressement il

vint, dans la matinée du 10 thermidor, offrir ses services à la Convention nationale; on sait aussi

comment le lendemain, à la séance du soir, Barère, au nom des comités de Salut public et de Sûreté

générale, parla du tribunal révolutionnaire, «de cette institution salutaire, qui détruisait les ennemis de la

République, purgeait le sol de la liberté, pesait aux aristocrates et nuisait aux ambitieux»; comment enfin

il proposa de maintenir au poste d'accusateur public ... Fouquier-Tinville[162]. Ce n'était donc pas le

tribunal de Robespierre, bien que dans la matinée du 10, quelques-uns des calomniateurs jurés de

Robespierre, Élie Lacoste, Thuriot, Bréard, eussent demandé la suppression de ce tribunal comme étant

composé de créatures de Maximilien. Mais admirez les contradictions de ces sanguinaires

Thermidoriens, le soir même Barère annonçait que les conjurés avaient formé le projet de faire

fusiller le tribunal révolutionnaire[163].

[Note 161: Déposition d'Etienne Masson, ex-greffier au tribunal révolutionnaire, dans le procès de
Fouquier. (Histoire parlementaire, t. XXXV, p. 89.)]

[Note 162: Voy. le Moniteur du 14 thermidor an II (1er août 1794).]

[Note 163: Ibid.]

La vérité est que Robespierre blâmait et voulait arrêter les excès auxquels ce tribunal était en quelque
sorte forcément entraîné par les manoeuvres odieuses de certains membres du gouvernement. Quant à

son influence sur les décisions du tribunal révolutionnaire, elle était nulle, absolument nulle; mais en

eût-il eu la moindre sur quelques-uns de ses membres, qu'il lui eût répugné d'en user. Nous avons dit

comment, ayant négligemment demandé un jour à Duplay ce qu'il avait fait au tribunal, et son hôte lui

ayant répondu: «Maximilien, je ne vous demande jamais ce que vous faites au comité de Salut public», il

lui avait étroitement serré la main, en signe d'estime et d'adhésion.

VII.

Quand les conjurés virent Robespierre fermement décidé à arrêter le débordement des excès, ils
imaginèrent de retourner contre lui l'arme même dont il entendait se servir, et de le présenter partout

comme l'auteur des actes d'oppression qu'ils multipliaient à dessein. Tous ceux qui avaient une mauvaise

conscience, tous ceux qui s'étaient souillés de rapines ou baignés dans le sang à plaisir, les Bourdon, les

Carrier, les Guffroy, les Tallien, les Rovère, les Dumont, les Vadier, s'associèrent à ce plan où se devine

si bien la main de l'odieux Fouché. D'impurs émissaires, répandus dans tous les lieux publics, dans les

assemblées de sections, dans les sociétés populaires, étaient chargés de propager la calomnie.

Mais laissons ici Robespierre dévoiler lui-même les effroyables trames dont il fut victime: «Pour moi, je
frémis quand je songe que des ennemis de la Révolution, que d'anciens professeurs de royalisme, que des

ex-nobles, que des émigrés peut-être, se sont tout à coup faits révolutionnaires et transformés en commis

du comité de Sûreté générale, pour se venger sur les amis de la patrie de la naissance et des succès de la

République.... A ces puissants motifs qui m'avaient déjà déterminé à dénoncer ces hommes, mais

inutilement, j'en joins un autre qui tient à la trame que j'avais commencé à développer: nous sommes

instruits qu'ils sont payés par les ennemis de la Révolution pour déshonorer le gouvernement

révolutionnaire en lui-même et pour calomnier les représentants du peuple dont les tyrans ont ordonné la

perte. Par exemple, quand les victimes de leur perversité se plaignent, ils s'excusent en leur disant:

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