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Ernest Hamel - Thermidor

S'il n'avait aucune action sur le tribunal révolutionnaire, du moins, a-t-on prétendu encore, agissait-il sur
Herman, qui, en sa qualité de commissaire des administrations civiles et tribunaux, avait les prisons sous

sa surveillance. Nous avons démontré ailleurs la fausseté de cette allégation. Herman, dont Robespierre

estimait à juste titre la probité et les lumières, avait bien pu être nommé, sur la recommandation de

Maximilien, président du tribunal révolutionnaire d'abord, et ensuite commissaire des administrations

civiles, mais ses relations avec lui se bornèrent à des relations purement officielles, et dans l'espace d'une

année, il n'alla pas chez lui plus de cinq fois; ses déclarations à cet égard n'ont jamais été démenties[155].

[Note 155: Voyez le mémoire justificatif d'Herman, déjà cité ubi supra.]

Seulement il était tout simple qu'en marge des rapports de dénonciations adressées au comité de Salut
public, Maximilien écrivît: renvoïé à Herman, autrement dit au commissaire des administrations

civiles et tribunaux, comme il écrivait: renvoïé à Carnot, à Robert Lindet, suivant que les faits

dénoncés étaient de la compétence de tel ou tel de ces fonctionnaires. Ainsi fut-il fait pour les

dénonciations relatives aux conspirations dites des prisons[156]; et lorsque dans les premiers jours de

messidor, le comité de Salut public autorisait le commissaire des administrations civiles à opérer des

recherches dans les prisons au sujet des complots contre la sûreté de la République, pour en donner

ensuite le résultat au comité, il prenait une simple mesure de précaution toute légitime dans les

circonstances où l'on se trouvait[157].

[Note 156: Voyez entre autres les dénonciations de Valagnos et de Grenier, détenus à Bicètre.
Archives
, F, 7, 4437.]

[Note 157: Arrêté signé: Robespierre, Barère, Carnot, Couthon, C.-A. Prieur, Billaud-Varenne,
Collot-d'Herbois et Robert Lindet.]

Au reste, Herman était si peu l'homme de Robespierre, et il songea si peu à s'associer à sa destinée dans
la tragique journée de Thermidor, qu'il s'empressa d'enjoindre à ses agents de mettre à exécution le décret

de la Convention qui mettait Hanriot, son état-major et plusieurs autres individus, en état d'arrestation.

Quoi qu'il en soit, Herman, sans être lié d'amitié avec Robespierre, avait mérité d'être apprécié de lui, et il
professait pour le caractère de ce grand citoyen la plus profonde estime. Tout au contraire, Maximilien

semblait avoir pour la personne de Fouquier-Tinville une secrète répulsion. On ne pourrait citer un mot

d'éloge tombé de sa bouche ou de sa plume sur ce farouche et sanglant magistrat, dont la réaction,

d'ailleurs, ne s'est pas privée d'assombrir encore la sombre figure. Fouquier s'asseyait à la table de

Laurent Lecointre en compagnie de Merlin (de Thionville); il avait des relations de monde avec les

députés Morisson, Cochon de Lapparent, Goupilleau (de Fontenay) et bien d'autres[158]; mais

Robespierre, il ne le voyait jamais en dehors du comité de Salut public; une seule fois il alla chez lui, ce

fut le jour de l'attentat de Ladmiral, comme ce jour-là il se rendit également chez Collot-d'Herbois[159].

Il ne se gênait même point pour manifester son antipathie contre lui. Un jour, ayant reçu la visite du

représentant Martel, député de l'Allier à la Convention, il lui en parla dans les termes les plus hostiles, en

l'engageant à se liguer avec lui, afin, disait-il, de sauver leurs têtes[160].

[Note 158: Mémoire de Fouquier-Tinville dans l'Histoire parlementaire, t. XXXIV, p. 241.]

[Note 159: Mémoire de Fouquier, ubi supra, p. 239.]

[Note 160: Mémoire de Fouquier, ubi supra, p. 247, corroboré ici par la déposition de Martel.
(Histoire parlementaire, t. XXXV, p. 16.)]

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