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Ernest Hamel - Thermidor

déclaré la guerre aux citoyens paisibles, érigé en crimes ou des préjugés incurables ou des choses
indifférentes, pour trouver partout des coupables et rendre la Révolution redoutable au peuple

même».[149] A cette accusation terrible ils n'ont pu répondre que par des mensonges et des calomnies.

[Note 148: Réponse des membres des anciens comités aux imputations de Lecointre, p. 44.]

[Note 149: Discours du 8 thermidor, p. 8.]

Présenter le tribunal révolutionnaire comme tout dévoué à Maximilien, c'était chose assez difficile au
lendemain du jour où ce tribunal s'était mis si complaisamment au service des vainqueurs, et,

Fouquier-Tinville en tête, avait été féliciter la Convention nationale d'avoir su distinguer les

traîtres
[150]. Si parmi les membres de ce tribunal, jurés ou juges, quelques-uns professaient pour
Robespierre une estime sans borne, la plupart étaient à son égard ou indifférents ou hostiles. Dans le

procès où furent impliquées les fameuses vierges de Verdun figuraient deux accusés nommés

Bertault et Bonin, à la charge desquels on avait relevé, entre autres griefs, de violents propros contre

Robespierre. Tous deux se trouvèrent précisément au nombre des acquittés[151].

[Note 150: Séance du 10 thermidor (Moniteur du 12 [30 juillet 1794]).]

[Note 151: Audience du 12 floréal (25 avril 1794), Moniteur du 13 floréal (2 mai 1794).]

Cependant il paraissait indispensable de le rendre solidaire des actes de ce tribunal. «On s'est attaché
particulièrement», a-t-il dit lui-même, «à prouver que le tribunal révolutionnaire était un tribunal de sang

créé par moi seul, et que je maîtrisais absolument pour faire égorger tous les gens de bien, et même tous

les fripons, car on voulait me susciter des ennemis de tous les genres»[152]. On imagina donc, après

Thermidor, de répandre le bruit qu'il avait gouverné le tribunal par Dumas et par Coffinhal. On avait

appris depuis, prétendait-on, qu'il avait eu avec eux des conférences journalières où sans

doute
il conférait des détenus à mettre en jugement[153]. On ne s'en était pas douté auparavant. Mais
plus la chose était absurde, invraisemblable, plus on comptait sur la méchanceté des uns et sur la

crédulité des autres pour la faire accepter.

[Note 152: Discours du 8 thermidor, p. 22.]

[Note 153: Réponse des membres des anciens comités aux imputations de Lecointre, p. 44.]

Hommes de tête et de coeur, dont la réputation de civisme et de probité est demeurée intacte malgré les
calomnies persistantes sous lesquelles on a tenté d'étouffer leur mémoire, Dumas et Coffinhal avaient été

les seuls membres du tribunal révolutionnaire qui se fussent activement dévoués à la fortune de

Robespierre dans la journée du 9 thermidor.

Emportés avec lui par la tempête, ils n'étaient plus là pour répondre. A-t-on jamais produit la moindre
preuve de leurs prétendues conférences avec Maximilien? Non; mais c'était chose dont on se passait

volontiers quand on écrivait l'histoire sous la dictée des vainqueurs. Dans les papiers de Dumas on a

trouvé un billet de Robespierre, un seul: c'était une invitation pour se rendre ... au comité de Salut

public[154].

[Note 154: Voici cette invitation citée en fac-similé à la suite des notes fournies par Robespierre à
Saint-Just pour son rapport sur les dantonistes: «Le comité de Salut public invite le citoïen Dumas,

vice-président du tribunal criminel, à se rendre au lieu de ses séances demain à midi. - Paris, le 12

germinal, l'an II de la République. - Robespierre.»]

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