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Ernest Hamel - Thermidor

s'est donné la mort pour échapper à sa rage; Allemain, commissaire de police, est dépositaire d'une lettre
de lui.... Fournier a traité les représentants de scélérats, d'intrigants qui seraient guillotinés....» En marge

de cette dénonciation on lit de la main de Robespierre: «Mettre en état d'arrestation tous les individus

désignés dans l'article[146].» Nous n'avons point trouvé la minute du mandat d'arrêt, laquelle était

probablement revêtue des signatures de ceux-là même qui se sont fait une arme contre Robespierre de

cette arrestation si parfaitement motivée. On voit en effet maintenant ce que Billaud-Varenne et Vadier

entendaient par le comité révolutionnaire le meilleur et le plus pur de Paris.

[Note 146: 1er messidor (19 juin). Archives, F, 7, 4437.]

Ainsi, dans toutes nos révélations se manifeste la pensée si claire de Robespierre: réprimer les excès de la
Terreur sans compromettre les destinées de la République et sans ouvrir la porte à la contre-révolution. A

partir du 12 messidor - je précise la date - il devint complètement étranger au bureau de police générale.

Au reste, les Thermidoriens ont, involontairement bien entendu, rendu plus d'une fois à leur victime une

justice éclatante. Quoi de plus significatif que ce passage d'un Mémoire de Billaud-Varenne où, après

avoir établi la légalité de l'établissement d'un bureau de haute police au sein du comité de Salut public, il

s'écrie: «Si, depuis, Robespierre, marchant à la dictature par la compression et la terreur, avec

l'intention peut-être de trouver moins de résistance au dénouement par une clémence momentanée
, et
en rejetant tout l'odieux de ses excès sur ceux qu'il aurait immolés, a dénaturé l'attribution de ce bureau,

c'est une de ces usurpations de pouvoir qui ont servi et à réaliser ses crimes et à l'en convaincre.» Ses

crimes, ce fut sa résolution bien arrêtée et trop bien devinée par ses collègues d'opposer une digue à la

Terreur aveugle et brutale, et de maintenir la Révolution dans les strictes limites de la justice inflexible et

du bon sens.

VI

Il nous reste à démontrer combien il demeura toujours étranger au tribunal révolutionnaire, à
l'établissement duquel il n'avait contribué en rien. Et d'abord, ne craignons pas de le dire, comparé aux

tribunaux exceptionnels et extraordinaires de la réaction thermidorienne ou des temps monarchiques et

despotiques, où le plus grand des crimes était d'avoir trop aimé la République, la patrie, la liberté, ce

tribunal sanglant pourrait sembler un idéal de justice. De simples rapprochements suffiraient pour établir

cette vérité; mais une histoire impartiale et sérieuse du tribunal révolutionnaire est encore à faire.

Emparons-nous d'abord de cette déclaration non démentie par des membres de l'ancien comité de Salut
public: «Il n'y avoit point de contact entre le comité et le tribunal révolutionnaire que pour les

dénonciations des accusés de crimes de lèse-nation, ou des factions, ou des généraux, pour la

communication des pièces et les rapports sur lesquels l'accusation était portée, ainsi que pour l'exécution

des décrets de la Convention nationale.»[147] Cela n'a pas empêché ces membres eux-mêmes et une

foule d'écrivains sans conscience d'attribuer à Robespierre la responsabilité d'une partie des actes de ce

tribunal.

[Note 147: Réponse des membres des anciens comités aux imputations de Laurent Lecointre, p.
43.]

Assez embarrassés pour expliquer l'absence des signatures de Robespierre, de Couthon et de Saint-Just
sur les grandes listes d'accusés traduits au tribunal révolutionnaire en messidor et dans la première

décade de thermidor, les anciens collègues de Maximilien ont dit: «Qu'importe! si c'était leur voeu que

nous remplissions»![148] Hélas! c'était si peu leur voeu que ce que Robespierre reprocha précisément à

ses ennemis, ce fut - ne cessons pas de le rappeler - «d'avoir porté la Terreur dans toutes les conditions,

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