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Ernest Hamel - Thermidor

29 prairial au 8 thermidor, c'est-à-dire dans les quarante jours où la Terreur a atteint son maximum
d'intensité, Robespierre est resté à peu près étranger à l'action du gouvernement, qu'il n'est pour rien, en

conséquence, dans les actes de rigueur qui ont signalé cette période de six semaines, et qu'il s'est

volontairement dessaisi de sa part de dictature, alors que tel autre, absous par lui, est resté jusqu'au bout

inébranlable et immuable dans la Terreur.

Est-ce Robespierre, oui ou non, qui, en dehors de l'action gouvernementale, s'est usé à faire une guerre
acharnée à certains représentants en mission, comme Fouché et Carrier, et à leur demander compte «du

sang versé par le crime»?

Est-ce Robespierre, oui ou non, qui s'est efforcé d'empêcher qu'on n'érigeât en crime ou des préjugés
incurables ou des choses indifférentes?

Est-ce Robespierre, oui ou non, qui s'est plaint si amèrement que l'on persécutât les nobles uniquement
parce qu'ils étaient nobles, et les prêtres uniquement parce qu'ils étaient prêtres?

Est-ce Robespierre, oui ou non, qui demandait que l'on substituât la Justice à la Terreur?

Est-ce enfin Robespierre qui est mort dans la journée du 10 thermidor, pour avoir voulu, suivant
l'expression de Barère, parlant au nom des survivants du Comité de Salut public, «arrêter le cours

terrible, majestueux de la Révolution?»

Eh bien! l'histoire inflexible répond que c'est Robespierre.

Mais M. Sardou se soucie bien de la vérité historique. Aux gémonies les vaincus de Thermidor! et vive
Carnot! dont le petit-fils occupe aujourd'hui, si correctement d'ailleurs, la première magistrature de la

République.

Ah! les vainqueurs de Thermidor! Écoutez ce que l'on en pensait, non pas sous la République, mais en
pleine Restauration. Voici ce qu'écrivait Charles Nodier, en 1829, dans la Revue de Paris: «La

nouvelle du 9 thermidor, parvenue dans les départements de l'Est, développa un vague sentiment

d'inquiétude parmi les républicains exaltés, qui ne comprenaient pas le secret de ces événements, et qui

craignaient de voir tomber ce grand oeuvre de la Révolution avec la renommée prestigieuse de son héros,

car derrière cette réputation d'incorruptible vertu qu'un fanatisme incroyable lui avait faite, il ne restait

plus un seul élément de popularité universelle auquel les doctrines flottantes de l'époque pussent se

rattacher. Hélas! se disait-on à mi-voix, qu'allons-nous devenir? Nos malheurs ne sont pas finis puisqu'il

nous reste encore des amis et des parents et que MM. Robespierre sont morts! Et cette crainte n'était pas

sans motifs, car le parti de Robespierre venait d'être immolé par le parti de la Terreur.»

Il faut croire que Charles Nodier, qui avait traversé la Révolution, était mieux à même que M. Sardou de
juger sainement les choses.

Je sais bien que les suppôts de la Terreur n'ont pas tardé à être dupés; que l'arme sanglante a passé de
gauche à droite, et que la Terreur blanche s'est promptement substituée à la Terreur révolutionnaire. Mais

la moralité du 9 thermidor n'en reste pas moins la même. Quiconque garde au coeur le culte de la

Révolution, ne saurait avoir assez de mépris «pour cet exécrable parti des Thermidoriens, qui, suivant

l'expression du même Charles Nodier, n'arrachait la France à Robespierre que pour la donner au

bourreau, et qui, trompé dans ses sanguinaires espérances, a fini par la jeter à la tête d'un officier

téméraire; pour cette faction à jamais odieuse devant l'histoire qui a tué la République au coeur dans la

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