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Ernest Hamel - Thermidor

Comment pourrais-je ou raconter ou deviner toutes les espèces d'impostures qui ont été clandestinement
insinuées, soit dans la Convention nationale, soit ailleurs, pour me rendre odieux ou redoutable[138]!»

[Note 138: Discours du 8 thermidor, p. 30.]

J'ai sous les yeux l'ensemble complet des pièces relatives aux opérations de ce bureau de police
générale[139]; rien ne saurait mieux démontrer la vérité des assertions de Robespierre; et, en consultant

ces témoins vivants, en fouillant dans ces registres où l'histoire se trouve à nu et sans fard, on est

stupéfait de voir avec quelle facilité les choses les plus simples, les plus honorables même, ont pu être

retournées contre lui et servir d'armes à ses ennemis.

[Note 139: Archives, A F 7, 4437.]

Quand Saladin présenta son rapport sur la conduite des membres de l'ancien comité de Salut public, il
prouva, de la façon la plus lumineuse, que le bureau de police générale n'avait nullement été un

établissement distinct, séparé du comité de Salut public, et que ses opérations avaient été soumises à tous

les membres du comité et sciemment approuvées par eux. A cet égard la déclaration si nette et si précise

de Fouquier-Tinville ne saurait laisser subsister l'ombre d'un doute: «Tous les ordres m'ont été donnés

dans le lieu des séances du comité, de même que tous les arrêtés qui m'ont été transmis étaient

intitulés: Extrait des registres du comité de Salut public, et signés de plus ou de moins de

membres de ce comité[140].»

[Note 140: Voy. le rapport de Saladin, où se trouve citée la déclaration de Fouquier-Tinville, p. 10 et 11.]

Rien de simple comme le mécanisme de ce bureau. Tous les rapports, dénonciations et demandes
adressés au comité de Salut public étaient transcrits sur des registres spéciaux. Le membre chargé de la

direction du bureau émettait en marge son avis, auquel était presque toujours conforme la décision du

comité. En général, suivant la nature de l'affaire, il renvoyait à tel ou tel de ses collègues.

Ainsi, s'agissait-il de dénonciations ou de demandes concernant les approvisionnements ou la partie
militaire: «Communiquer à Robert Lindet, à Carnot», se contentait d'écrire en marge Maximilien. Parmi

les ordres d'arrestation délivrés sur l'avis de Robespierre, nous trouvons celui de l'ex-vicomte de Mailly,

dénoncé par un officier municipal de Laon pour s'être livré à des excès dangereux en mettant la Terreur à

l'ordre du jour[141].

[Note 141: 8 prairial (27 mai 1794). Archives, F, 7, 4437.]

Chacune des recommandations de Robespierre ou de Saint-Just porte l'empreinte de la sagesse et de la
véritable modération. L'agent national du district de Senlis rend compte du succès de ses courses

républicaines pour la destruction du fanatisme dans les communes de son arrondissement; on lui fait

répondre qu'il doit se borner à ses fonctions précisées par la loi, respecter le décret qui établit la liberté

des cultes et faire le bien sans faux zèle[142]. La société populaire du canton d'Épinay, dans le

département de l'Aube, dénonce le ci-devant curé de Pelet comme un fanatique dangereux et accuse le

district de Bar-sur-Aube de favoriser la caste nobiliaire; Robespierre recommande qu'on s'informe de

l'esprit de cette société populaire et de celui du district de Bar[143]. L'agent du district national de

Compiègne dénonce des malveillants cherchant à plonger le peuple dans la superstition et dans le

fanatisme; réponse: «Quand on envoie une dénonciation, il faut la préciser autrement». En marge d'une

dénonciation de la municipalité de Passy contre Reine Vindé, accusée de troubler la tranquillité publique

par ses folies, il écrit: «On enferme les fous»[144]. Au comité de surveillance de la commune de

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