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Ernest Hamel - Thermidor

[Note 134: Réponse des membres des deux anciens comités aux imputations de Laurent
Lecointre
, p. 14.]

Et comment ne pas comprendre l'embarras mortel de ses accusateurs quand on se rappelle ces paroles de
Fréron, à la séance du 9 fructidor (26 août 1794): «Le tyran qui opprimait ses collègues puis encore que

la nation était tellement enveloppé dans les apparences des vertus les plus populaires, la considération et

la confiance du peuple formaient autour de lui un rempart si sacré, que nous aurions mis la nation et la

liberté elle-même en péril si nous nous étions abandonnés à notre impatience de l'abattre plus tôt[135].»

[Note 135: Réponse des membres des deux anciens comités aux imputations de Laurent
Lecointre
, p. 24.]

On a vu déjà comment il opprimait ses collègues: il suffisait d'un coup d'oeil d'intelligence pour que la
majorité fût acquise contre lui. Billaud-Varenne ne se révoltait-il pas à cette supposition que des hommes

comme Robert Lindet, Prieur (de la Côte-d'Or), Carnot et lui avaient pu se laisser mener[136]? Donc, sur

ses collègues du comité, il n'avait aucune influence prépondérante, c'est un point acquis. Mais, ont

prétendu ceux-ci, tout le mal venait du bureau de police générale, dont il avait la direction suprême et au

moyen duquel il gouvernait despotiquement le tribunal révolutionnaire; et tous les historiens de la

réaction, voire même certains écrivains prétendus libéraux, d'accueillir avec empressement ce double

mensonge thermidorien, sans prendre la peine de remonter aux sources.

[Note 136: Réponse de J.-N. Billaud à Laurent Lecointre, p. 94.]

Et d'abord signalons un fait en passant, ne fût-ce que pour constater une fois de plus les contradictions
habituelles aux calomniateurs de Robespierre. Lecointre ayant prétendu n'avoir point attaqué Carnot,

Prieur (de la Côte-d'Or) et Robert Lindet, parce qu'ils se tenaient généralement à l'écart des discussions

sur les matières de haute police, de politique et de gouvernement, - tradition menteuse acceptée par une

foule d'historiens superficiels, - Billaud-Varenne lui donna un démenti sanglant, appuyé des propres

déclarations de ses collègues, et il insista sur ce que les meilleures opérations de l'ancien comité de Salut

public étaient précisément celles de ce genre[137].

[Note 137: Réponse de J.-N. Billaud à Lecointre, p. 41.]

Seulement, eut-il soin de dire, les attributions du bureau de police avaient été dénaturées par Robespierre.
Établi au commencement de floréal, non point, comme on l'a dit, dans un but d'opposition au comité de

Sûreté générale, mais pour surveiller les fonctionnaires publics, et surtout pour examiner les

innombrables dénonciations adressées au comité de Salut public; ce bureau avait été placé sous la

direction de Saint-Just, qui, étant parti en mission très peu de jours après, avait été provisoirement

remplacé par Robespierre.

Écoutons à ce sujet Maximilien lui-même: «J'ai été chargé, en l'absence d'un de mes collègues, de
surveiller un bureau de police générale, récemment et faiblement organisé au comité de Salut public. Ma

courte gestion s'est bornée à provoquer une trentaine d'arrêtés, soit pour mettre en liberté des patriotes

persécutés, soit pour s'assurer de quelques ennemis de la Révolution. Eh bien! croira-t-on que ce seul mot

de police générale a servi de prétexte pour mettre sur ma tête la responsabilité de toutes les opérations du

comité de Sûreté générale, - ce grand instrument de la Terreur - des erreurs de toutes les autorités

constituées, des crimes de tous mes ennemis? Il n'y a peut-être pas un individu arrêté, pas un citoyen

vexé, à qui l'on n'ait dit de moi: «Voilà l'auteur de tes maux; tu serais heureux et libre s'il n'existait plus».

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