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Ernest Hamel - Thermidor

firent irruption au milieu d'une réunion sectionnaire, y causèrent un effroyable vacarme, et, se retranchant
derrière leur qualité de secrétaires du comité de Salut public, menacèrent de faire guillotiner l'un et

l'autre[130]. Ils furent arrêtés tous deux, et relâchés peu de temps après; mais si jamais arrestation fut

juste, ce fut assurément celle-là, et tout gouvernement s'honore qui réprime sévèrement les excès de

pouvoir de ses agents[131].

[Note 130: Archives, F. 7, 4437.]

[Note 131: Rien de curieux et de triste à la fois, comme l'attitude de Carnot après Thermidor. Il a poussé
le mépris de la vérité jusqu'à oser déclarer, en pleine séance de la Convention (6 germinal an III), que

Robespierre avait lancé un mandat d'arrêt contre un restaurateur de la terrasse des Feuillants, uniquement

parce que lui, Carnot, allait y prendre ses repas. Mais le bouffon de l'affaire, c'est qu'il signa aussi,

sans le savoir
, ce mandat. Aussi ne fut-il pas médiocrement étonné lorsqu'on allant dîner on lui dit
que son traiteur avait été arrêté par son ordre. Je suis fâché, en vérité, de n'avoir pas découvert, parmi les

milliers d'arrêtés que j'ai eus sous les yeux, cet ordre d'arrestation. Fut-ce aussi sans le savoir et dans

l'innocence de son coeur que Carnot, suivant la malicieuse expression de Lecointre, écrivit de sa main et

signa la petite recommandation qui servit à Victor de Broglie de passeport pour l'échafaud?]

Je suis convaincu, répéterai-je, que la principale raison de la retraite toute morale de Robespierre fut la
scène violente à laquelle donna lieu, le 28 prairial, entre plusieurs de ses collègues et lui, la ridicule

affaire de Catherine Théot, lui s'indignant de voir transformer en conspiration de pures et innocentes

mômeries, eux ne voulant pas arracher sa proie au comité de Sûreté générale. Mon opinion se trouve

singulièrement renforcée de celle du représentant Levasseur, lequel a dû être bien informé, et qui, dans

ses Mémoires, s'est exprimé en ces termes: «Il est constant que c'est à propos de la ridicule superstition

de Catherine Théot qu'éclata la guerre sourde des membres des deux comités»[132]. Mais la résistance de

Robespierre en cette occasion était trop honorable pour que ses adversaires pussent l'invoquer comme la

cause de sa scission d'avec eux; aussi imaginèrent-ils de donner pour prétexte à leur querelle le décret du

20 prairial, qu'ils avaient approuvé aveuglément les uns et les autres.

[Note 132: Mémoires de Levasseur, t. III, p. 112.]

Au reste, la résolution de Maximilien eut sa source dans plusieurs motifs. Lui-même s'en est expliqué en
ces termes dans son discours du 8 thermidor: «Je me bornerai à dire que, depuis plus de six semaines, la

nature et la force de la calomnie, l'IMPUISSANCE DE FAIRE LE BIEN ET D'ARRÊTER LE MAL,

m'ont forcé à abandonner absolument mes fonctions de membre du comité de Salut public, et je jure

qu'en cela même je n'ai consulté que ma raison et la patrie. Je préfère ma qualité de représentant du

peuple à celle de membre du comité de Salut public, et je mets ma qualité d'homme et de citoyen français

avant tout[133].» Disons maintenant de quelles amertumes il fut abreuvé durant les six dernières

semaines de sa vie.

[Note 133: Discours du 8 thermidor, p. 30.]

V

Les anciens collègues de Robespierre au comité de Salut public ont fait un aveu bien précieux: la seule
preuve matérielle, la pièce de conviction la plus essentielle contre lui, ont-ils dit, résultant de son

discours du 8 thermidor à la Convention, il ne leur avait pas été possible de l'attaquer plus tôt[134]. Or, si

jamais homme, victime d'une accusation injuste, s'est admirablement justifié devant ses concitoyens et

devant l'avenir, c'est bien Robespierre dans le magnifique discours qui a été son testament de mort.

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