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Ernest Hamel - Thermidor

demander le moindre compte des rigueurs commises en messidor, et tout au plus serait-on en droit de lui
reprocher avec quelques écrivains de n'y avoir opposé que la force d'inertie.

Mais si, au contraire, nous prouvons, que pendant ces quarante derniers jours, il a siégé sans désemparer
au comité de Salut public, comme dans cet espace de temps il a refusé de s'associer à la plupart des

grandes mesures de sévérité consenties par ses collègues, comme il n'a point voulu consacrer par sa

signature certains actes oppressifs, c'est donc qu'il y était absolument opposé, qu'il les combattait à

outrance; c'est donc que, suivant l'expression de Saint-Just, il ne comprenait pas «cette manière prompte

d'improviser la foudre à chaque instant»[104]. Voilà pourquoi il mérita l'honorable reproche que lui

adressa Barère dans la séance du 10 thermidor, d'avoir voulu arrêter le cours terrible, majestueux

de la Révolution; et voilà pourquoi aussi, n'ayant pu décider les comités à s'opposer à ces actes

d'oppression multipliés dont il gémissait, il se résolut à appeler la Convention à son aide et à la prendre

pour juge entre eux et lui.

[Note 104: Réponse des membres des deux anciens comités, p. 107, en note.]

Les Thermidoriens du comité ont bien senti l'importance de cette distinction; aussi se sont-ils entendus
pour soutenir que Robespierre ne paraissait plus aux séances et que, durant quatre décades, il n'y était

venu que deux fois, et encore sur une citation d'eux, la première pour donner les motifs de

l'arrestation du comité révolutionnaire de la section de l'Indivisibilité, la seconde pour s'expliquer

sur sa prétendue absence[105]. Robespierre n'était plus là pour répondre. Mais si, en effet, il eût rompu

toutes relations avec le comité de Salut public, comment ses collègues de la Convention ne s'en

seraient-ils pas aperçus? Or, un des chefs de l'accusation de Lecointre contre certains membres des

anciens comités porte précisément sur ce qu'ils n'ont point prévenu la Convention de l'absence de

Robespierre. Rien d'embarrassé sur ce point comme la réponse de Billaud-Varenne: «C'eût été un fait

trop facile à excuser; n'aurait-il pu prétexter une indisposition?»[106]

[Note 105: Réponse des membres des deux anciens comités, p. 7. Voyez aussi le rapport de
Saladin, p. 99. «_Il est convenu_», dit ironiquement Saladin, «que depuis le 22 prairial Robespierre

s'éloigne du comité».]

[Note 106: Réponse des membres des deux anciens comités, p. 61.]

Mais, objectait-on, et les signatures apposées par Robespierre au bas d'un assez grand nombre d'actes?
Ah! disent les uns, il a pu signer quand deux fois il est venu au comité pour répondre à certaines

imputations, ou quand il affectait de passer dans les salles, vers cinq heures, après la séance, ou

quand il se rendait secrètement au bureau de police générale[107]. Il n'est pas étonnant, répond

un autre, en son nom particulier, que les chefs de bureau lui aient porté chez lui ces actes à signer au

moment où il était au plus haut degré de sa puissance[108]. En vérité! Et comment donc se fait-il alors

que dans les trois premières semaines de ventôse an II, lorsque Robespierre était réellement retenu loin

du comité par la maladie, les chefs de bureau n'aient pas songé à se rendre chez lui pour offrir à sa

signature les arrêtés de ses collègues? Et comment expliquer qu'elle se trouve sur certains actes de peu

d'importance, tandis qu'elle ne figure pas sur les arrêtés qui pouvaient lui paraître entachés d'oppression?

Tout cela est misérable.

[Note 107: Réponse de J.-N. Billaud à Lecointre, p. 81.]

[Note 108: Réponse de J.-N. Billaud à Lecointre, p. 82.]

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