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Ernest Hamel - Thermidor

ont déshonoré le règne de Louis XIV avant et après la révocation de l'édit de Nantes? Et nous-mêmes,
avons-nous donc été si tendres, pour nous montrer d'une telle rigueur dans nos jugements sur les grands

lutteurs de la Révolution? N'avons-nous pas vu fusiller de nos jours, après le combat, froidement,

indistinctement, au hasard, des milliers et des milliers de malheureux? Un peu plus de réserve

conviendrait donc, surtout de la part de gens chez qui ces immolations impitoyables n'ont pas soulevé

beaucoup d'indignation.

Ah! combien M. Guizot appréciait plus sainement les choses, quand il écrivait à propos de la Révolution
d'Angleterre et de la nôtre: «Qu'on cesse donc de les peindre comme des apparitions monstrueuses dans

l'histoire de l'Europe; qu'on ne nous parle plus de leurs prétentions inouïes, de leurs infernales inventions,

elles ont poussé la civilisation dans la route qu'elle suit depuis quatorze siècles....

«Je ne pense pas qu'on s'obstine longtemps à les condamner absolument parce qu'elles sont chargées
d'erreurs, de malheurs et de crimes: il faut en ceci tout accorder à leurs adversaires, les surpasser même

en sévérité, ne regarder à leurs accusations que pour y ajouter, s'ils en oublient, et puis les sommer de

dresser à leur tour le compte des erreurs, des crimes et des maux de ces temps et de ces pouvoirs qu'ils

ont pris sous leur garde. Je doute qu'ils acceptent le marché.»

Il ne s'agit donc pas d'écheniller la Révolution. Il faut, dans une certaine mesure, la prendre en bloc,
comme on l'a dit si justement. Mais cela n'empêche de rendre à chacun des acteurs du drame immense la

justice qui lui est due, et surtout de réduire à leur juste valeur les anathèmes, faits de mensonges et de

calomnies, dont on s'est efforcé d'accabler la mémoire de quelques-uns des plus méritants. C'est ce que

j'ai fait pour ma part, avec la sérénité d'un homme qui n'a jamais demandé ses inspirations qu'à sa

conscience. Les fanatiques de la légende ont hurlé, mais tous les amis de la vérité m'ont tendu la main.

«Vous êtes le laborieux reconstructeur du vrai, m'écrivait Victor Hugo en 1865. Cette passion de la vérité

est la première qualité de l'historien.» Elle n'a fait que grandir en moi devant la persistance de l'erreur et

de la calomnie.

Dans les polémiques soulevées par la pièce de Thermidor, et auxquelles je ne me suis point mêlé, j'ai été
plusieurs fois pris à partie. Celui-ci, qui n'a jamais lu mes livres, s'imagine que je ne jure que par

Saint-Just et par Robespierre; celui-là insinue que je n'ai dégagé la responsabilité de ce dernier qu'en la

rejetant sur Pierre, Jacques et Paul. Ce brave homme ne s'aperçoit pas qu'il a fait, dans un sens contraire,

ce qu'il me reproche si légèrement.

Je demande, moi, que les responsabilités, si responsabilités il y a, soient partagées. Je ne réclame pour
Robespierre que la justice, mais toute la justice, comme pour les autres. Que fait-il, lui? Il ramasse tous

les excès, toutes les erreurs, toutes les sévérités de la Révolution, et il les rejette bravement sur

Robespierre, sans avoir l'air de se douter du colossal et impuissant effort de ce dernier pour réprimer tous

ces excès, «arrêter le cours terrible de la Révolution» et substituer la justice à la terreur.

Voilà bien la méthode de M. Sardou. Il prétend connaître la Révolution. Oui, il la connaît, à l'envers, par
le rapport de Courtois et les plus impurs libelles que la calomnie ait jamais enfantés. C'est ainsi que

Robespierre lui apparaît comme un tyran, comme un dictateur, comme un Cromwell. Un exemple nous

permettra de préciser.

M. Sardou met à la charge de Robespierre toutes les horreurs de la Révolution; en revanche, il en exonère
complètement celui-ci ou celui-là, Carnot par exemple. Cependant M. Sardou, qui connaît si bien son

histoire de la Révolution, même par les libelles où il a puisé ses inspirations, ne doit pas ignorer que du

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