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Ernest Hamel - Thermidor

fanatisme; mais il n'eut pas la bonne foi d'ajouter qu'éclairé par ses collègues de la gauche, sur les bancs
de laquelle il siégeait, dom Gerle s'était empressé, dès le lendemain, de retirer sa proposition, au grand

scandale de la noblesse et du clergé.

Robespierre occupait encore le fauteuil quand Vadier prit la parole au nom des comités de Sûreté
générale et de Salut public. Magistrat de l'ancien régime, Vadier avait toutes les ruses d'un vieux

procureur. Cet implacable ennemi de Maximilien mettait une sorte de point d'honneur à obtenir des

condamnations. Il y a, à cet égard, des lettres de lui à Fouquier-Tinville où il recommande

nombre d'accusés, et qui font vraiment frémir[98]. Tout d'abord, Vadier dérida l'Assemblée par force

plaisanteries sur les prêtres et sur la religion; puis il amusa ses collègues aux dépens de la vieille

Catherine, dont, par une substitution qu'il crut sans doute très ingénieuse, il changea le nom de Théot en

celui de Théos, qui en grec signifie Dieu. A chaque instant il était interrompu par des ricanements

approbateurs et des applaudissements. Robespierre n'était point nommé dans ce rapport, où le nombre des

adeptes de Catherine Théot était grossi à plaisir, mais l'allusion perfide perçait ça et là, et des rires

d'intelligence apprenaient au rapporteur qu'il avait été compris. Conformément aux conclusions du

rapport, la Convention renvoya devant le tribunal révolutionnaire Catherine Théot, dom Gerle, la veuve

Godefroy et la ci-devant marquise de Chastenois, comme coupables de conspiration contre la

République, et elle chargea l'accusateur public de rechercher et de punir tous les complices de cette

prétendue conspiration.

[Note 98: Voyez ces lettres à la suite du rapport de Saladin, sous les numéros XXXII, XXXIV et
XXXV.]

C'était du délire. Ce que Robespierre ressentit de dégoût en se trouvant condamné à entendre comme
président ces plaisanteries de Vadier, sous lesquelles se cachait une grande iniquité, ne peut se dire.

Lui-même a, dans son dernier discours, rendu compte de sa douloureuse impression: «La première

tentative que firent les malveillants fut de chercher à avilir les grands principes que vous aviez

proclamés, et à effacer le souvenir touchant de la fête nationale. Tel fut le but du caractère et de la

solennité qu'on donna à l'affaire de Catherine Théot. La malveillance a bien su tirer parti de la

conspiration politique cachée sous le nom de quelques dévotes imbéciles, et on ne présenta à l'attention

publique qu'une farce mystique et un sujet inépuisable de sarcasmes indécents ou puériles. Les véritables

conjurés échappèrent, et l'on faisait retentir Paris et toute la France du nom de la mère de Dieu. Au même

instant on vit éclore une foule de pamphlets dégoûtants, dignes du Père Duchesne, dont le but

était d'avilir la Convention nationale, le tribunal révolutionnaire, de renouveler les querelles religieuses,

d'ouvrir une persécution aussi atroce qu'impolitique contre les esprits faibles ou crédules imbus de

quelque ressouvenir religieux. En même temps, une multitude de citoyens paisibles et même de patriotes

ont été arrêtés à l'occasion de cette affaire; et les coupables conspirent encore en liberté, car le plan est de

les sauver, de tourmenter le peuple et de multiplier les mécontents. Que n'a-t-on pas fait pour parvenir à

ce but? Prédication ouverte de l'athéisme, violences inopinées contre le culte, exactions commises sous

les formes les plus indécentes, persécutions dirigées contre le peuple sous prétexte de superstition ... tout

tendait à ce but[99]....»

[Note 99: Discours du 8 thermidor.]

Robespierre s'épuisa en efforts pour sauver les malheureuses victimes indiquées par Vadier. Il y eut au
comité de Salut public de véhémentes explications. J'ai la conviction que ce fut au sujet de l'affaire de

Catherine Théot qu'eut lieu la scène violente dont parlent les anciens membres du comité dans leur

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