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Ernest Hamel - Thermidor

desquels le mot de coup d'État flamboyait comme un épouvantail avaient, par prudence,
supprimé la seconde partie du titre[1].

[Note 1: Le titre a été rétabli in extenso dans l'édition illustrée publiée en 1878.]

Cette précaution n'empêcha pas l'Histoire de Robespierre d'être l'objet des menaces du parquet de
l'époque. «Nous l'attendons au second volume», s'était écrié un jour le procureur impérial en terminant

son réquisitoire dans un procès retentissant. Cette menace produisit son effet. Les éditeurs Lacroix et

Verboekoven, effrayés, refusèrent de continuer la publication du livre, il me fallut employer les voies

judiciaires pour les y contraindre. Un jugement, fortement motivé, les condamna à s'exécuter, et ce fut

grâce aux juges de l'Empire que l'oeuvre, interrompue pendant dix-huit mois, put enfin paraître

entièrement.

Ni l'auteur, ni l'éditeur, ne furent inquiétés. Et pourquoi l'auraient-ils été? La situation s'était un peu
détendue depuis la saisie de mon Histoire de Saint-Just. Et puis, le livre n'était pas une oeuvre de

parti: c'était l'histoire dans toute sa sérénité, dans toute sa vérité, dans toute son impartialité.

«En sondant d'une main pieuse, comme celle d'un fils, disais-je alors, les annales de notre Révolution, je
n'ai fait qu'obéir à un sentiment de mon coeur. Car, au milieu de mes tâtonnements, de mes incertitudes et

de mes hésitations avant de me former un idéal d'organisation politique et sociale, s'il est une chose sur

laquelle je n'aie jamais varié, et que j'aie toujours entourée d'un amour et d'une vénération sans bornes,

c'est bien toi, ô Révolution, mère du monde moderne, alma parens. Et quand nous parlons de la

Révolution, nous entendons tous les bienfaits décrétés par elle, et dont sans elle nous n'aurions jamais

joui: la liberté, l'égalité, en un mot ce qu'on appelle les principes de 1789, et non point les excès et les

erreurs auxquels elle a pu se laisser entraîner. Prétendre le contraire, comme le font certains publicistes

libéraux, c'est ergoter ou manquer de franchise. Jamais, ô Révolution, un mot de blasphème n'est tombé

de ma bouche sur tes défenseurs consciencieux et dévoués, qu'ils appartinssent d'ailleurs à la Gironde ou

à la Montagne. Si, en racontant leurs divisions fatales, j'ai dû rétablir, sur bien des points, la vérité altérée

ou méconnue, j'ai, du moins, reconcilié dans la tombe ces glorieux patriotes qui tous ont voulu la patrie

honorée, heureuse, libre et forte. Adversaire décidé, plus que personne peut-être, de tous les moyens de

rigueur, je me suis dit que ce n'était pas à nous, fils des hommes de la Révolution, héritiers des moissons

arrosées de leur sang, à apprécier trop sévèrement les mesures terribles que, dans leur bonne foi farouche,

ils ont jugées indispensables pour sauver des entreprises de tant d'ennemis la jeune Révolution assaillie

de toutes parts. Il est assurément fort commode, à plus d'un demi-siècle des événements, la plume à la

main, et assis dans un bon fauteuil, de se couvrir majestueusement la face d'un masque d'indulgence, de

se signer au seul mot de Terreur; mais quand on n'a pas traversé la tourmente, quand on n'a pas été mêlé

aux enivrements de la lutte, quand on n'a pas respiré l'odeur de la poudre, peut-on répondre de ce que l'on

aurait été soi-même, si l'on s'était trouvé au milieu de la fournaise ardente, si l'on avait figuré dans la

bataille? Il faut donc se montrer au moins d'une excessive réserve en jugeant les acteurs de ce drame

formidable; c'est ce que comprennent et admettent tous les hommes de bonne foi et d'intelligence, quelles

que soient d'ailleurs leurs opinions.»

Il y a vingt-sept ans que j'écrivais ces lignes, et elles sont aujourd'hui plus vraies que jamais.

Sans doute il y a eu dans la Révolution des sévérités inouïes et de déplorables excès. Mais que sont ces
sévérités et ces excès, surtout si l'on considère les circonstances effroyables au milieu desquelles ils se

sont produits, comparés aux horreurs commises au temps de la monarchie? Que sont, sans compter les

massacres de la Saint-Barthélémy, les exécutions de 1793 et de 1794 auprès des cruautés sans nom qui

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