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Ernest Hamel - Thermidor

de tenir une conduite digne du ministère imposant qu'ils avaient à remplir, de n'écouter jamais que la
voix de leur conscience, d'être inaccessibles à toutes les sollicitations, de fuir enfin toutes les relations

capables d'influencer leurs jugements. Ces commissions furent d'ailleurs composées d'hommes d'une

probité rigoureuse et d'un patriotisme éprouvé[24]. En même temps, le comité de Salut public arrêta

qu'au commencement de chaque décade l'accusateur public près le tribunal révolutionnaire lui remettrait

les listes des affaires qu'il se proposait de porter au tribunal dans le courant de la décade[25]. Ce sont ces

listes auxquelles nous verrons bientôt Robespierre refuser sa signature.

[Note 24: Séance du comité de Salut public des 24 et 25 floréal (13 et 14 mai 1794). Étaient présents:
Barère, Carnot, Collot-d'Herbois, Couthon, Billaud-Varenne, Robespierre, C.-A. Prieur, Robert Lindet.

(Registre des arrêtés et délibérations du comité de Salut public. Archives, 436 a a 73.)]

[Note 25: Séance du 29 floréal (14 mai 1794).]

III

Eh bien! il y eut, on peut l'affirmer, au sein du comité de Salut public, pour l'adoption du projet de loi
connu sous le nom de loi du 22 prairial, une entente égale à celle qui avait présidé à l'établissement de la

commission d'Orange et à la formation des commissions populaires.

Ancien magistrat, Couthon fut chargé, par ses collègues du comité, de rédiger le projet et de le soutenir
devant la Convention. Un des articles, le seul peut-être qui devait susciter une violente opposition dans

l'Assemblée, était celui qui donnait aux comités la faculté de traduire au tribunal révolutionnaire les

représentants du peuple.

En voulant réagir contre les terroristes par la Terreur, en voulant armer les comités d'une loi qui leur
permît de frapper avec la rapidité de la foudre les Tallien, les Fouché, les Rovère, ces hommes «gorgés

de sang et de rapines», qui, forts déjà de leurs partisans et de leurs complices, trouvaient encore une sorte

d'appui dans les formes de la procédure criminelle, les auteurs de la loi de prairial commirent une faute

immense; mais ce ne fut pas la seule. Parce qu'ils avaient vu certains grands coupables échapper à la

rigueur des lois, qui n'épargnait point les petits, ils crurent qu'il suffisait de la conscience des juges et des

jurés pour juger les prévenus de conspiration contre la sûreté de la République; et parce que certains

défenseurs rançonnaient indignement les accusés, parce que les malheureux étaient obligés de s'en

passer, ils s'imaginèrent qu'il était plus simple de supprimer la défense; ce fut un tort, un tort irréparable,

et que Robespierre a, Dieu merci! cruellement expié pour sa part, puisque cette loi de prairial est restée

sur sa mémoire comme une tache indélébile. Jusqu'alors il n'avait coopéré en rien à aucune des lois de la

Terreur, dont les législateurs principaux avaient été Cambacérès, Merlin (de Douai) et Oudot. Otez de la

vie de Robespierre cette participation à la loi du 22 prairial, et ses ennemis seront bien embarrassés pour

produire contre lui un grief légitime.

Ce qu'il y a de certain et d'incontestable, malgré les dénégations ultérieures des collègues de Maximilien,
c'est que le projet de loi ne rencontra aucune espèce d'opposition de la part des membres du comité de

Salut public, lequel avait été invité par décret, dès le 5 nivôse précédent, à réformer le tribunal

révolutionnaire[26]. Tous les membres du Comité jugèrent bon le projet préparé par Couthon, puisqu'il

ne donna lieu à aucune objection de leur part. Un jour, paraît-il, l'accusateur public, informé par le

président Dumas qu'on préparait une loi nouvelle par laquelle étaient supprimés la procédure écrite et les

défenseurs des accusés, se présenta au comité de Salut public, où il trouva Collot-d'Herbois,

Billaud-Varenne, Carnot, Barère et C.-A. Prieur, auxquels il témoigna ses inquiétudes de ce qu'on

abrogeait les interrogatoires et la défense des accusés. Fouquier-Tinville pris d'un tendre intérêt pour les

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