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Ernest Hamel - Thermidor
Il fut décidé, en outre, qu'une fête en l'honneur de l'Être suprême serait célébrée le 2 prairial, fête qui fut remise au 20, et à laquelle Robespierre dut présider, comme président de la Convention.
C'étaient donc la liberté de conscience et la tolérance religieuse qui triomphaient, et c'est ce qui explique pourquoi le rapport du 18 floréal souleva, dans la France entière, des acclamations presque unanimes.
CHAPITRE DEUXIÈME
Le lendemain de la Fête de l'Être suprême. - Projet d'arrêter la Terreur. - La commission d'Orange. - Les commissions populaires. - La loi de prairial. - Dénégations mensongères. - Séance du 22 prairial à la Convention. - Protestation de Bourdon (de l'Oise). - Fausses interprétations. - Bourdon apostrophé. - Tallien pris en flagrant délit de mensonge. - Mensonge historique. - Deux lettres de Tallien. - Sa mission à Bordeaux. - Thérézia Cabarrus et Tallien. - Fouché, le futur duc d'Otrante. - Robespierre lui demande compte du sang versé par le crime. - Séance du 23 prairial aux Jacobins. - Les conjurés de Thermidor. - Prétendues listes de proscrits.
I
Nous sommes au lendemain de la fête de l'Être suprême, à laquelle Robespierre, comme on l'a vu, avait présidé en sa qualité de président de quinzaine de la Convention, et où il était apparu comme un modérateur.
Si le décret relatif à l'Être suprême et à l'immortalité de l'âme avait été reçu par l'immense majorité des Français comme un rayon d'espérance et le gage d'une pacification prochaine à l'intérieur, il avait indisposé un certain nombre d'hébertistes de la Convention; mais, au fond, les ennemis de Robespierre, les Fouché, les Tallien, les Bourdon, les Courtois, se souciaient fort peu de Dieu ou de la déesse Raison; ils faisaient de l'irréligion un trafic, comme plus tard quelques-uns d'entre eux mettront leurs intérêts sous la sauvegarde de la religion restaurée. Ce qui les irrita le plus dans cette cérémonie imposante, ce fut le triomphe éclatant de celui dont déjà ils conspiraient la perte. Aux marques de sympathie de la foule pour le président de l'Assemblée, aux acclamations enthousiastes et affectueuses du peuple, ils répandirent par des cris de haine et de fureur. «Voyez-vous comme on l'applaudit»! disaient les uns en allant de rang en rang pour semer le soupçon contre lui dans le coeur de ses collègues[14]. Il n'y a qu'un pas du Capitole à la roche Tarpéienne, s'écriait celui-ci, parodiant un mot de Mirabeau; et celui-là, irrité des applaudissements qui marquaient sa présence, Je te méprise autant que je t'abhorre[15]. Bourdon (de l'Oise) fut celui qui se fit remarquer le plus par ses grossiers sarcasmes et ses déclamations indécentes[16].
[Note 14: Discours de Robespierre à la séance du 8 thermidor.]
[Note 15: Lecointre a revendiqué l'honneur de cette insulte; il faut le lui laisser tout entier. Ainsi, aux yeux de ce maniaque, le grand crime de Robespierre, c'était «les applaudissements qui marquaient sa présence». (Conjuration formée dès le 5 prairial, p. 3.)]
[Note 16: Notes de Robespierre sur certains députés. Papiers inédits, t. II, p. 19.]
Aux injures vomies par l'envie, Robespierre se contenta d'opposer le mépris et le dédain. N'avait-il pas d'ailleurs une compensation suffisante dans l'ovation dont il était l'objet, et les cris d'amour poussés à ses côtés n'étaient-ils pas assez puissants pour étouffer les discordantes clameurs de la haine? Aucune altération ne parut sur son visage, où se reflétait dans un sourire la joie universelle dont il était témoin.
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