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Ernest Hamel - Thermidor

l'avenir et embrassaient la mort avec la sérénité d'une conscience pure et la conviction d'avoir jusqu'au
bout rempli leur devoir envers la patrie, la justice et l'humanité.

Par un raffinement cruel, on avait réservé Robespierre pour le dernier. N'était-ce pas le tuer deux fois que
d'achever sous ses yeux son frère Augustin, ce pur et héroïque jeune homme, qu'on attacha tout mutilé

sur la planche. Un jour de plus, il mourait de ses blessures, les bêtes féroces de Thermidor n'eurent pas la

patience d'attendre. Maximilien monta d'un pas ferme les degrés de l'échafaud. Quand il apparut, sanglant

et livide, sur la plate-forme où se dressait la guillotine, un murmure sourd courut dans la foule. Soit

barbarie, soit maladresse, l'exécuteur s'y prit si brusquement en enlevant l'appareil qui couvrait la

blessure de la victime qu'il lui arracha, dit-on un cri déchirant. Un instant après, la tête de Robespierre

tombait[619]. Fervent royaliste, le bourreau dut tressaillir d'aise, car il sentait bien qu'il venait d'immoler

la Révolution et de décapiter la République dans la personne d'un de ses plus illustres représentants.

Robespierre avait trente-cinq ans et deux mois[620].

[Note 619: «Ce grand homme n'était plus», a écrit M. Michelet, t. VII. p. 520. Et un peu plus loin: «Nous
n'avons pas à raconter l'aveugle réaction qui emporta l'Assemblée.... L'horreur et le ridicule y luttent à

force égale. La sottise des Lecointre, l'inepte fureur des Fréron, la perfidie mercenaire des Tallien,

encourageant les plus lâches, une exécrable comédie commença, d'assassinats lucratifs au nom de

l'humanité, la vengeance des hommes serviles massacrant les patriotes....»

Les quelques pages consacrées par M. Michelet à la fin de Robespierre sont vraiment d'une beauté
poignante, mais c'est en même temps la plus amère critique qui puisse être faite de son livre. Pour nous,

après avoir signalé les contradictions, les erreurs accumulées dans une oeuvre qui a contribué à égarer

beaucoup d'esprits, nous ne pouvons que nous féliciter de voir l'illustre écrivain aboutir à une conclusion

qui est la nôtre.]

[Note 620: Robespierre et ses compagnons d'infortune furent enterrés derrière le parc de Monceau, dans
un terrain où il y eut longtemps un bal public. Après la Révolution de 1830, de généreux citoyens firent

faire des fouilles dans cet endroit pour retrouver les restes du grand martyr de Thermidor, mais ces

recherches sont restées infructueuses. Depuis, en défonçant ce terrain pour le passage du boulevard

Malesherbes, on a découvert les ossements des victimes de cette époque, auxquelles la démocratie doit

bien un tombeau.]

XIV

A l'heure où cette terrible tragédie se jouait sur la place de la Révolution, la Convention nationale prenait
soin de bien déterminer elle-même le sens du sanglant coup d'État. Se fiant au langage tenu par certains

conjurés pour attirer à eux les gens de la droite, nombre de gens parlaient hautement d'ouvrir les portes

des prisons à toutes les personnes détenues pour crime ou délit contre-révolutionnaire. Mais, afin qu'il n'y

eût pas de méprise possible, Barère, qui ne craignit pas de présenter comme un mouvement royaliste la

résistance de la Commune, s'écria, parlant au nom des comités de Salut public et de Sûreté générale: «...

Quelques aristocrates déguisés parlaient d'indulgence, comme si le gouvernement révolutionnaire n'avait

pas repris plus d'empire par la révolution même dont il avait été l'objet, comme si la force du

gouvernement révolutionnaire n'était pas centuplée, depuis que le pouvoir, remonté à sa source, avait

donné une âme plus énergique et des comités mieux épurés. De l'indulgence! il n'en est que pour l'erreur

involontaire, mais les manoeuvres des aristocrates sont des forfaits, et LEURS ERREURS NE SONT

QUE DES CRIMES». L'Assemblée décréta l'impression du rapport de Barère et l'envoi de ce rapport à

tous les départements[621].

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