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Ernest Hamel - Thermidor

général, jugeant indispensable la présence de Robespierre à l'Hôtel de Ville, dépêcha auprès de lui une
nouvelle députation aux vives insistances de laquelle Robespierre céda enfin. Il la suivit à la Commune,

où l'accueillirent encore les plus chaleureuses acclamations[561]. Mais que d'heures perdues déjà!

[Note 560: Déclaration de Louise Picard, pièce XXXII, à la suite du rapport de Courtois sur les
événements du 9 thermidor, p. 194.]

[Note 561: Renseignements donnés par les employés au secrétariat sur ce qui s'est passé à la Commune.
(Pièce de la collection Beuchot.)]

En même temps que lui parurent ses chers et fidèles amis, Saint-Just et Le Bas, qu'on venait d'arracher
l'un et l'autre aux prisons où les avait fait transférer le comité de Sûreté générale. Au moment où Le Bas

sortait de la Conciergerie, un fiacre s'arrêtait au guichet de la prison, et deux jeunes femmes en

descendaient tout éplorées. L'une était Elisabeth Duplay, l'épouse du proscrit volontaire, qui, souffrante

encore, venait apporter à son mari divers effets, un matelas, une couverture; l'autre, Henriette Le Bas,

celle qui avait dû épouser Saint-Just. En voyant son mari libre, et comme emmené en triomphe par une

foule ardente, Mme Le Bas éprouva tout d'abord un inexprimable sentiment de joie, courut vers lui, se

jeta dans ses bras, et se dirigea avec lui du côté de l'Hôtel de Ville. Mais de noirs pressentiments

assiégeaient l'âme de Philippe. Sa femme nourrissait, il voulut lui épargner de trop fortes émotions, et il

l'engagea vivement à retourner chez elle, en lui adressant mille recommandations au sujet de leur fils.

«Ne lui fais pas haïr les assassins de son père, dit-il; inspire-lui l'amour de la patrie; dis-lui bien que son

père est mort pour elle.... Adieu, mon Elisabeth, adieu[562]!» Ce furent ses dernières paroles, et ce fut un

irrévocable adieu. Quelques instants après cette scène, la barrière de l'éternité s'élevait entre le mari et la

femme.

[Note 562: Manuscrit de Mme Le Bas. D'après ce manuscrit, ce serait à la Force que Lebas aurait été
conduit; mais Mme Le Bas a dû confondre cette prison avec la Conciergerie. Comme tous les membres

de sa malheureuse famille, Mme Le Bas fut jetée en prison avec son enfant à la mamelle par les

héros
de Thermidor, qui la laissèrent végéter durant quelques mois, d'abord à la prison Talarue, puis
à Saint-Lazare, dont le nom seul était pour elle un objet d'épouvante. Toutefois elle se résigna. «Je

souffrais pour mon bien-aimé mari, cette pensée me soutenait.» On lui avait offert la liberté, une pension

même, si elle voulait changer de nom; elle s'y refusa avec indignation. «Je n'aurais jamais quitté ce nom

si cher à mon coeur, et que je me fais gloire de porter.» Femme héroïque de l'héroïque martyr qui ne

voulut point partager l'opprobre de la victoire thermidorienne, elle se montra, jusqu'à son dernier jour,

fière de la mort de son mari: «Il a su mourir pour sa patrie, il ne devait mourir qu'avec les martyrs de la

liberté. Il m'a laissée veuve et mère à vingt et un ans et demi; je bénis le Ciel de me l'avoir ôté ce jour-là,

il ne m'en est que plus cher. On m'a traînée de prison en prison avec mon jeune fils de cinq semaines; il

n'est de souffrances que ne m'aient fait endurer ces monstres, croyant m'intimider. Je leur ai fait voir le

contraire; plus ils m'en faisaient, plus j'étais heureuse de souffrir pour eux. Comme eux, j'aime la liberté;

le sang qui coule dans mes veines à soixante-dix-neuf ans est le sang de républicains.» (Manuscrit de

Mme Le Bas.) Et en parlant de ces morts si regrettés elle ne manque pas d'ajouter «Comme vous eussiez

été heureux de connaître ces hommes vertueux sous tous les rapports»!]

IX

La présence de Robespierre à la Commune sembla redoubler l'ardeur patriotique et l'énergie du conseil
général; on y voyait le gage assuré d'une victoire prochaine, car on ne doutait pas que l'immense majorité

de la population parisienne ne se ralliât à ce nom si grand et si respecté.

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