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Ernest Hamel - Thermidor

mort de Camille Desmoulins, un mois après celle de Robespierre; celui-ci n'avait donc pu s'en montrer
froissé.]

[Note 7: Déclaration de Billaud-Varenne dans la séance du 9 thermidor.]

Robespierre ne consentit à abandonner Danton que lorsqu'on fut parvenu à faire pénétrer dans son esprit
la conviction que Danton s'était laissé corrompre, conviction partagée par l'intègre Cambon. Dans son

procès, Danton a parlé, sans les nommer, des deux plats coquins qui l'avaient perdu dans l'esprit de

Robespierre. Quoiqu'il en soit, le sacrifice de Danton et de ses amis fut un grand malheur.

«Soixante-quatre ans se sont écoulés depuis le jour où la Convention nationale a immolé Danton, ai-je

écrit dans mon Histoire de Saint-Just, et, depuis cette époque, les historiens n'ont cessé d'agiter

les discussions autour de ce fatal holocauste. Les uns ont cherché à le justifier; les autres se sont efforcés

d'en rejeter tout l'odieux sur Robespierre; les uns et les autres sont, je crois, hors de la vérité. La mort de

Danton a été une irréprochable faute; mais elle n'a pas été le fait particulier de celui-ci ou de celui-là, elle

a été le fait de la Convention entière; ça été le crime, je me trompe, ça été la folie de tous[8].» La mort de

Danton fut un coup de bascule, une sorte de revanche de celle des hébertistes; mais ce n'en fut pas moins

une proie nouvelle jetée à la réaction[9].

[Note 8: Histoire de Saint-Just, édition princeps, p. 444.]

[Note 9: J'ai sous les yeux le mandat d'arrêt rendu contre les dantonistes par les comités de Salut public et
de Sûreté générale. Il est écrit ou plutôt griffonné entièrement de la main de Barère tout en haut d'une

grande feuille de papier bleuté, ne porte aucune date, et est ainsi conçu: «Les comités de Salut public et

de Sûreté générale arrêtent que Danton, Lacroix (du département d'Eure-et-Loir), Camille Desmoulins et

Philippeaux, tous membres de la Convention nationale, seront arrêtés et conduits dans la maison du

Luxembourg pour y être gardés séparément et au secret....»

La première signature est celle de Billaud-Varenne; il était naturel que le principal instigateur de la
mesure signât le premier. Puis ont signé, dans l'ordre suivant: Vadier, Carnot, Le Bas, Louis (du

Bas-Rhin) Collot-d'Herbois, Barère, Saint-Just, Jagot, C.-A. Prieur, Couthon, Dubarran, Voulland, Moïse

Bayle, Amar, Élie Lacoste, Robespierre, Lavicomterie.... Un seul parmi les membres du comité de Salut

public ne donna pas sa signature, ce fut Robert Lindet.

Carnot, qui a signé le troisième, s'est excusé plus tard en disant que, fidèle à sa doctrine de solidarité dans
le gouvernement collectif, il n'avait pas voulu refuser sa signature à la majorité qu'il venait de combattre

(Mémoires sur Carnot, t. 1er, page 369). Mauvaise excuse. Qui l'empêchait de faire comme

Robert Lindet en cette occasion, ou comme fit Robespierre, en maintes autres circonstances, de

s'abstenir? Mieux valait avouer que, comme Robespierre, il avait fini par céder aux obsessions de

Billaud-Varenne.]

VII

Toutefois, il faut bien le dire, l'effet immédiat de cette sanglante tragédie, fut de faire rentrer sous terre la
contre-révolution. L'idée républicaine, loin de s'affaiblir, éclata plus rayonnante que jamais, et se

manifesta sous toutes les formes.

Au lendemain de la chute des dantonistes, la Convention, sur un rapport de Carnot, supprimait
l'institution des ministères et la remplaçait par l'établissement de douze commissions, comprenant les

diverses attributions des anciens ministères. Il y avait la commission de l'instruction publique, si négligée

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