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Ernest Hamel - Thermidor

Collot-d'Herbois y était qualifié de partisan de Danton, et accusé d'avoir, du temps où il était comédien,
volé la caisse de sa troupe. On y nommait encore Bourdon (de l'Oise), l'éternel calomniateur, et Barère,

qui tour à tour avait appartenu à toutes les factions. La conclusion était celle-ci: «Peuple, lève-toi! ne

perds pas le fruit du 10 août et du 31 mai; précipitons au tombeau tous ces traîtres»[502].

[Note 502: Cette adresse est signée: Lescot-Fleuriot, maire; Blin, secrétaire-greffier adjoint, et J. Fleury,
secrétaire-greffier. Il existe aux Archives quarante-six copies de cette proclamation. (F 7, 32.)]

Le sort en est jeté! Au coup d'État de la Convention la Commune oppose l'insurrection populaire. On voit
quelle énergie suprême elle déploya en ces circonstances sous l'impulsion des Fleuriot-Lescot, des Payan,

des Coffinhal et des Lerebours. Si tous les amis de Robespierre eussent montré la même résolution et

déployé autant d'activité, c'en était fait de la faction thermidorienne, et la République sortait triomphante

et radieuse de la rude épreuve où, hélas! elle devait être si durement frappée.

V

La nouvelle de l'arrestation de Robespierre causa et devait causer dans Paris une sensation profonde.
Tout ce que ce berceau de la Révolution contenait de patriotes sincères, de républicains honnêtes et

convaincus, en fut consterné. Qu'elle ait été accueillie avec une vive satisfaction par les royalistes connus

ou déguisés, cela se comprend de reste, Maximilien étant avec raison regardé comme la pierre angulaire

de l'édifice républicain. Mais fut-elle, suivant l'assertion de certains écrivains, reçue comme un signe

précurseur du renversement de l'échafaud[503]? Rien de plus contraire à la vérité. Quand la chute de

Robespierre fut connue dans les prisons, il y eut d'abord, parmi la plupart des détenus, un sentiment

d'anxiété et non pas de contentement, comme on l'a prétendu après coup. Au Luxembourg, le député

Bailleul, un de ceux qu'il avait sauvés de l'échafaud, se répandit en doléances[504], et nous avons déjà

parlé de l'inquiétude ressentie dans certains départements quand on y apprit les événements de

Thermidor. Parmi les républicains, et même dans les rangs opposés, on se disait à mi-voix: «Nos

malheurs ne sont pas finis, puisqu'il nous reste encore des amis et des parents, et que MM. Robespierre

sont morts[505]! Il fallut quelques jours à la réaction pour être tout à fait certaine de sa victoire et se

rendre compte de tout le terrain qu'elle avait gagné à la mort de Robespierre.

[Note 503: C'est ce que ne manque pas d'affirmer M. Michelet avec son aplomb ordinaire. Et il ajoute:
«Tellement il avait réussi, dans tout cet affreux mois de thermidor, à identifier son nom avec celui de la

Terreur». (t. VII, p. 472.) Est-il possible de se tromper plus grossièrement? Une chose reconnue de tous,

au contraire, c'est que dans cet affreux mois de thermidor, Robespierre n'eut aucune action sur le

gouvernement révolutionnaire, et l'on n'a pas manqué d'établir une comparaison, toute en sa faveur, entre

les exécutions qui précédèrent sa retraite et celles qui la suivirent. (Voir le rapport de Saladin.) Que pour

trouver partout des alliés, les Thermidoriens l'aient présenté aux uns comme le promoteur de la Terreur,

aux autres comme un antiterroriste, cela est vrai; mais finalement ils le tuèrent pour avoir voulu, suivant

leur propre expression, arrêter le cours terrible, majestueux de la Révolution, et il ne put venir à l'esprit

de personne au premier moment, que Robespierre mort, morte était la Terreur.]

[Note 504: Ceci attesté par un franc royaliste détenu lui-même au Luxembourg, et qui a passé sa vie à
calomnier la Révolution et ses défenseurs. Voy. Essais historiques sur les causes et les effets de la

Révolution
, par C.A.B. Beaulieu, t. V, p. 367. Beaulieu ajoute que, depuis, pour effacer l'idée que ses
doléances avaient pu donner de lui, Bailleul se jeta à corps perdu dans le parti thermidorien. Personne

n'ignore en effet avec quel cynisme Bailleul, dans ses Esquisses, a diffamé et calomnié celui qu'il

avait appelé son sauveur.]

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