bibliotheq.net - littérature française
 

Ernest Hamel - Thermidor

[Note 492: Voyez notre Histoire de Saint-Just.]

Fréron peut maintenant insulter bravement les vaincus. Mais que dit-il? Ce n'est plus Robespierre seul
qui aspire à la dictature. A l'en croire, Maximilien devait former avec Couthon et Saint-Just un triumvirat

qui eût rappelé les proscriptions sanglantes de Sylla; et cinq ou six cadavres de Conventionnels étaient

destinés à servir de degrés à Couthon pour monter au trône. «Oui, je voulais arriver au trône», dit avec le

sourire du mépris, l'intègre ami de Robespierre. On ne sait en vérité ce qu'on doit admirer le plus, des

inepties, des mensonges, ou des contradictions de ces misérables Thermidoriens.

Debout au pied de la tribune, Saint-Just, calme et dédaigneux, contemplait d'un oeil stoïque le honteux
spectacle offert par la Convention[493]. Après Fréron, on entend Élie Lacoste, puis Collot-d'Herbois.

C'est à qui des deux mentira avec le plus d'impudence. Le dernier accuse ceux dont il est un des

proscripteurs d'avoir songé à une nouvelle insurrection du 31 mai. «Il en a menti», s'écrie Robespierre

d'une voix forte. Et l'Assemblée de s'indigner, à la manière de Tartufe, comme si, l'avant-veille, le comité

de Salut public n'avait point, par la bouche de Barère, hautement félicité Robespierre d'avoir flétri avec

énergie toute tentative de violation de la Représentation nationale.

[Note 493: C'est ce que Charles Duval a, dans son procès-verbal, appelé «avoir l'air d'un traître», p. 21.]

C'en est fait, Maximilien et son frère, Couthon, Saint-Just et Le Bas sont décrétés d'accusation. A la
barre, à la barre! s'écrient, pressés d'en finir, un certain nombre de membres parmi lesquels on remarque

le représentant Clauzel[494]. Les huissiers, dit-on, osaient à peine exécuter les ordres du président tant,

jusqu'alors, ils avaient été habitués à porter haut dans leur estime ces grands citoyens réduits aujourd'hui

au rôle d'accusés. Les proscrits, du reste, ne songèrent pas à résister; ils se rendirent d'eux-mêmes à la

barre; et, presque aussitôt, on vit, spectacle navrant! sortir entre des gendarmes ces véritables fondateurs

de la République. Il était alors quatre heures et demie environ.

[Note 494: Député de l'Ariège à la Convention, Clauzel, après avoir affiché longtemps un républicanisme
assez fervent, acceuillit avec transport le coup d'État de Brumaire. Devenu membre du Corps législatif

consulaire, il ne cessa de donner au pouvoir nouveau des gages de dévouement et de zèle.

(Biographie universelle.)]

Eux partis, Collot-d'Herbois continua tranquillement sa diatribe. L'unique grief invoqué par lui contre
Maximilien fut - ne l'oublions pas, car l'aveu mérite assurément d'être recueilli, - son discours de la

veille, c'est-à-dire la plus éclatante justification qui jamais soit tombée de la bouche d'un homme. Je me

trompe: il lui reprocha encore de n'avoir pas eu assez d'amour et d'admiration pour la personne de Marat.

Tout cela fort applaudi de la bande. On cria même beaucoup Vive la République! les uns par

dérision, les autres, en petit nombre ceux-là, dans l'innocence de leur coeur. Les malheureux, ils venaient

de la tuer!

IV

Cette longue et fatale séance de la Convention avait duré six heures; elle fut suspendue à cinq heures et
demie pour être reprise à sept heures; mais d'ici là de grands événements allaient se passer.

Le comité de Salut public, réduit à Barère, Billaud-Varenne, Carnot, Collot-d'Herbois, Robert Lindet et
C.-A. Prieur, comptait sur le concours des autorités constituées, notamment sur la Commune de Paris, le

maire et l'agent national. La Convention, comme on l'a vu, avait chargé ces deux derniers de l'exécution

des décrets rendus dans la journée. Mais, patriotes éclairés et intègres, auxquels, ai-je dit avec raison, on

< page précédente | 161 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.