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Ernest Hamel - Thermidor

d'avance, que le général de la garde nationale, Hanriot, s'en était allé tranquillement déjeuner au faubourg
Saint-Antoine chez un de ses parents.

[Note 464: Détail transmis à. MM. Buchez et Roux, par Buonaroti qui le tenait de Duplay lui-même.
(Histoire parlementaire, t. XXXIV, p. 3).]

II

Comme d'habitude, la séance du 9 Thermidor commença par la lecture de la correspondance. Cette
lecture à peine achevée, Saint-Just, qui attendait au bas de la tribune, demanda la parole. Collot-d'Herbois

occupait le fauteuil. Pour cette séance, nous devons prévenir le lecteur, ainsi que nous l'avons fait pour

les séances de la Convention et des Jacobins de la veille, qu'il n'existe pas d'autres renseignements que

ceux qu'il a plu aux vainqueurs de fournir eux-mêmes. Comme les historiens qui nous ont devancé, nous

sommes réduit ici à écrire d'après des documents longuement médités et arrangés pour les besoins de leur

cause par les Thermidoriens eux-mêmes[465].

[Note 465: Il y a deux versions, quasi officielles, de la séance du 9 thermidor, celle du Moniteur
et le projet de procès-verbal de Charles Duval, imprimé par ordre de la Convention. Charles Duval était

de la conjuration. On peut juger par là si son procès-verbal est bien digne de foi. Nous ne parlons pas de

la version donnée par le Journal des Débats et des Décrets de la Convention. C'est presque

absolument la même que celle du Moniteur.]

«Je ne suis d'aucune faction, je les combattrai toutes. Elles ne s'éteindront jamais que par les institutions
qui produiront les garanties, qui poseront la borne de l'autorité, et feront ployer sans retour l'orgueil

humain sous le joug des libertés publiques». Ces paroles ne sont assurément ni d'un triumvir ni d'un

aspirant à la dictature; c'était le début du discours de Saint-Just. Dès les premiers mots, le jeune orateur

fut interrompu par Tallien. Il fallait empêcher à tout prix la lumière de se produire; car si Saint-Just avait

pu aller jusqu'au bout, nul doute que la Convention, éclairée et cédant à la force de la vérité, n'eût écrasé

la conjuration. En effet, de quoi se plaignait Saint-Just? De ce que dans les quatre dernières décades,

c'est-à-dire durant l'époque où il avait été commis le plus d'actes oppressifs et arbitraires, l'autorité du

comité de Salut public avait été en réalité exercée par quelques-uns de ses membres seulement; et ces

membres étaient Billaud-Varenne, Collot-d'Herbois, Barère et Carnot. Toute délibération du comité ne

portant point la signature de six de ses membres devait être, selon Saint-Just, considérée comme un acte

de tyrannie. Et c'était lui et ses amis que la calomnie accusait d'aspirer à la dictature! La conclusion de

son discours consistait dans le projet de décret suivant: «La Convention nationale décrète que les

institutions qui seront incessamment rédigées présenteront les moyens que le gouvernement, sans rien

perdre de son ressort révolutionnaire, ne puisse tendre à l'arbitraire, favoriser l'ambition et opprimer ou

usurper la Convention nationale[466].

[Note 466: Voyez, pour plus de détails sur le discours de Saint-Just, notre Histoire de Saint-Just,
t. II, liv. V, ch. VII, édition Méline et Cans.]

En interrompant Saint-Just, Tallien eut l'impudence de dire que, comme lui, il n'était d'aucune faction; on
entendit ce misérable déclarer qu'il n'appartenait qu'à lui-même et à la liberté, et il n'était que le jouet de

ses passions, auxquelles il avait indignement sacrifié et sa dignité de représentant du peuple et les intérêts

du pays. Il demanda hypocritement que le voile fût tout à fait déchiré, à l'heure même où ses complices et

lui se disposaient à étrangler la vérité. La bande accueillit ses paroles par une triple salve

d'applaudissements. Mais ce personnage méprisé de Robespierre, qui même avant l'ouverture de la

Convention nationale avait deviné ses bas instincts, n'était pas de taille à entraîner l'Assemblée[467].

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