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Ernest Hamel - Thermidor

Robespierre d'agir, assure-t-on, de se porter sur les comités; Robespierre demeura inflexible dans sa
résolution de ne pas enfreindre la légalité. Il lui suffisait, pensait-il, de l'appui moral de la société pour

résister victorieusement à ses ennemis. Dernière illusion d'un coeur flétri pourtant déjà par la triste

expérience de la méchanceté des hommes.

Au lieu de s'entendre, de se concerter avec quelques amis pour la journée du lendemain, il se retira
tranquillement chez son hôte. On se sépara aux cris de Vive la République! Périssent les traîtres!

Mais c'étaient là des cris impuissants. Il eût fallu, malgré Robespierre, se déclarer résolument en

permanence. Les Jacobins avaient sur la Convention, divisée comme elle l'était, l'avantage d'une majorité

compacte et bien unie. Sans même avoir besoin de recourir à la force, ils eussent, en demeurant en

séance, exercé la plus favorable influence sur une foule de membres de l'Assemblée indécis jusqu'au

dernier moment; les événements auraient pris une tout autre tournure, et la République eût été sauvée.

VI

Tandis que Robespierre allait dormir son dernier sommeil, les conjurés, peu rassurés, se répandirent de
tous côtés et déployèrent l'énergie du désespoir pour tourner contre Maximilien les esprits incertains,

hésitants, ceux à qui leur conscience troublée semblait défendre de sacrifier l'intègre et austère tribun. De

l'attitude de la droite dépendait le sort de la journée du lendemain, et dans la séance du 8 elle avait paru

d'abord toute disposée en faveur de Robespierre.

On vit alors, spectacle étrange! les Tallien, les Fouché, les Rovère, les Bourdon (de l'Oise), les André
Dumont, tous ces hommes dégouttants de sang et de rapines, se jeter comme des suppliants aux genoux

des membres de cette partie de la Convention dont ils étaient haïs et méprisés. Ils promirent de fermer

l'ère de la Terreur, eux qui dans leurs missions avaient commis mille excès, multiplié d'une si horrible

manière les actes d'oppression, et demandé mainte et mainte fois l'arrestation de ceux dont ils sollicitaient

aujourd'hui le concours. A ces républicains équivoques, à ces royalistes déguisés, ils s'efforcèrent de

persuader que la protection qui leur avait été jusqu'alors accordée par Maximilien n'était que passagère,

que leur tour arriverait; et naturellement ils mirent sur le compte de Robespierre les exécutions qui

s'étaient multipliées précisément depuis le jour où il avait cessé d'exercer aucune influence sur les

affaires du gouvernement.

A deux reprises différentes, les gens de la droite repoussèrent dédaigneusement les avances intéressées
de ces bravi de l'Assemblée; la troisième fois ils cédèrent[453]. La raison de ce brusque

changement s'explique à merveille. Avec Robespierre triomphant, la Terreur pour la Terreur, cette

Terreur dont il venait de signaler et de flétrir si éloquemment les excès, prenait fin; mais les patriotes

étaient protégés, mais la justice sévère continuait d'avoir l'oeil sur les ennemis du dedans et sur ceux du

dehors, mais la Révolution n'était pas détournée de son cours, mais la République s'affermissait sur

d'inébranlables bases. Au contraire, avec Robespierre vaincu, la Terreur pouvait également cesser, se

retourner même contre les patriotes, comme cela arriva; mais la République était frappée au coeur, et la

contre-révolution certaine d'avance de sa prochaine victoire. Voilà ce qu'à la dernière heure comprirent

très-bien les Boissy-d'Anglas, les Palasne-Champeaux, les Durand-Maillane, et tous ceux

qu'effarouchaient la rigueur et l'austérité des principes républicains[454]; et voilà comment fut conclue

l'alliance monstrueuse des réactionnaires et des révolutionnaires dans le sens du crime.

[Note 453: Voyez l'Histoire de la Convention, par Durand-Maillane, p. 199.]

[Note 454: Buonaroti a prétendu, d'après les révélations de quelques-uns des proscripteurs de
Robespierre, que les idées sociales exprimées en diverses occasions par ce dernier n'avaient pas peu

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