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Ernest Hamel - Thermidor

[Note 441: Paroles rapportées à M. Laurent (de l'Ardèche) par un ami de Cambon, (Voy. la
Réfutation de l'Histoire de France de l'abbé de Montgaillard
, XIe lettre, p. 332.) J'ai connu un
vieillard à qui Cambon avait exprimé les mêmes sentiments.]

V

Il était environ cinq heures quand fut levée la séance de la Convention. S'il faut en croire une tradition
fort incertaine, Robespierre serait allé, dans la soirée même, se promener aux Champs-Élysées avec sa

fiancée, qui, triste et rêveuse, flattait de sa main la tête de son fidèle chien Brount. Comme Maximilien

lui montrait combien le coucher du soleil était empourpré: «Ah»! se serait écriée Eléonore, «c'est du beau

temps pour demain[442].». Mais c'est là de la pure légende. D'abord, les moeurs étaient très-sévères dans

cette patriarcale famille Duplay, et Mme Duplay, si grande que fût sa confiance en Maximilien, n'eût pas

permis à sa fille de sortir seule avec lui[443]. En second lieu, comment aurait-il été possible à

Robespierre d'aller se promener aux Champs-Élysées à la suite de cette orageuse séance du 8, et dans

cette soirée où sa destinée et celle de la République allaient être en jeu?

[Note 442: C'est M. Alphonse Esquiros qui raconte cette anecdote dans son Histoire des
Montagnards
. Mais, trompé par ses souvenirs, M. Esquiros a évidemment fait confusion ici. Nous
avons sous les yeux une lettre écrite par Mme Le Bas au rédacteur de l'ancienne Revue de Paris,

à propos d'un article dans lequel M. Esquiros avait retracé la vie intime de Maximilien d'après une

conversation avec Mme Le Bas, lettre où la vénérable veuve du Conventionnel se plaint de quelques

inexactitudes commises par cet estimable et consciencieux écrivain.]

[Note 443: Mme Le Bas ne dit mot, dans son manuscrit, de cette prétendue promenade du 8, tandis
qu'elle raconte complaisamment les promenades habituelles de Maximilien aux Champs-Élysées avec

toute la famille Duplay.]

Ce qu'on sait, c'est qu'en rentrant chez son hôte il ne désespérait pas encore; il montra même une sérénité
qui n'était peut-être pas dans son coeur, car il n'ignorait pas de quoi était capable la horde de fripons et de

coquins déchaînée contre lui. Toutefois, il comptait sur la majorité de la Convention: «La masse de

l'Assemblée m'entendra», dit-il. Après dîner, il se hâta de se rendre aux Jacobins, où, comme on pense

bien, régnait une animation extraordinaire. La salle, les corridors même étaient remplis de monde[444].

Quand parut Maximilien, des transports d'enthousiasme éclatèrent de toutes parts; on se précipita vers lui

pour le choyer et le consoler. Cependant, cà et là, on pouvait apercevoir quelques-uns de ses ennemis.

Billaud-Varenne et Collot-d'Herbois, qui depuis longtemps n'avaient pas mis les pieds au club, étaient

accourus, fort inquiets de la tournure que prendraient les choses.

[Note 444: Réponse de J.N. Billaud à Laurent Lecointre; p. 36.]

Que se passa-t-il dans cette séance fameuse? Les journaux du temps n'en ayant pas donné le compte
rendu, nous n'en savons absolument que ce que les vainqueurs ont bien voulu nous raconter, puisque

ceux des amis de Robespierre qui y ont joué un rôle ont été immolés avec lui. Quelques récits plus ou

moins travestis de certains orateurs à la tribune de la Convention, et surtout la narration de Billaud dans

sa réponse aux imputations personnelles dont il fut l'objet après Thermidor, voilà les seuls documents

auxquels on puisse s'en rapporter pour avoir une idée des scènes dramatiques dont la salle des Jacobins

fut le théâtre dans la soirée du 8 thermidor.

Dès le début de la séance, Billaud-Varenne, Collot-d'Herbois et Robespierre demandèrent en même
temps la parole. Elle fut accordée au dernier, qu'on invita à donner lecture du discours prononcé par lui

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