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Ernest Hamel - Thermidor

conciliation, ne demandant d'autre vengeance contre ses calomniateurs «que le retour de la paix et le
triomphe de la liberté».

Mais sourds à cet appel à la conciliation, les imprudents Girondins ne firent que redoubler d'invectives et
d'animosité à l'égard de Robespierre et de Danton. La lutte entre la Gironde et la Montagne s'envenimait

chaque jour et ne devait se terminer que par l'extermination d'un des deux partis. Mais d'où vinrent les

attaques passionnées et les premiers traits empoisonnés? La justice nous commande bien de le dire, elles

vinrent des Girondins.

Le jugement du roi, dans lequel Girondins et Montagnards votèrent en grande majorité pour la mort, fut à
peine une halte au milieu de cette lutte sans trêve ni merci.

Le jour même où Louis XVI était décapité, Robespierre prenait la parole pour faire l'éloge de son ami
Lepeletier de Saint-Fargeau, qui venait de tomber sous le poignard d'un assassin. Lorsque, dans la même

séance, Bazire proposa que la peine de mort fût décrétée contre quiconque cacherait le meurtrier ou

favoriserait sa fuite, il attaqua avec force cette motion comme contraire aux principes. «Quoi! s'écria-t-il,

au moment où vous allez effacer de votre code pénal la peine de mort, vous la décréteriez pour un cas

particulier! Les principes d'éternelle justice s'y opposent.» Et, sur sa proposition, l'Assemblée passa à

l'ordre du jour.

Déjà, du temps de la Constituante, il avait éloquemment, mais en vain, réclamé l'abolition de la peine de
mort. Que ne fût-il écouté alors! Peut-être, comme il le dit lui-même un jour, l'histoire n'aurait-elle pas eu

à enregistrer les actes sanglants qui jettent une teinte si sombre sur la Révolution. Mais on approchait de

l'heure des sévérités implacables.

La Convention, croyant reconnaître la main de l'étranger et celle des éternels adversaires de la Révolution
dans les agitations qui marquèrent le mois de mars 1793, commença à prendre des mesures terribles

contre les ennemis du dedans et du dehors. Le 10 mars, sur la proposition de Danton, elle adopta un

projet de tribunal révolutionnaire, projet rédigé par le girondin Isnard, décrétant virtuellement ainsi le

régime de la Terreur.

Dans les discussions auxquelles donna lieu l'organisation de ce tribunal, Robespierre se borna à
demander qu'il fût chargé de réprimer les écrits soudoyés tendant à pousser à l'assassinat des défenseurs

de la liberté, et surtout que l'on définît bien ce que l'on entendait par conspirateurs. «Autrement, dit-il, les

meilleurs citoyens risqueraient d'être victimes d'un tribunal institué pour les protéger contre les

entreprises des contre-révolutionnaires.»

Nommé membre du comité de Défense nationale, dit Commission de Salut public, dont faisaient
également partie Isnard, Vergniaud, Guadet et quelques autres Girondins, il donna presque aussitôt sa

démission, ne voulant pas s'y trouver, dit-il, avec Brissot, qu'il regardait comme un complice de

Dumouriez. Il refusa également d'entrer dans le grand comité de Salut public qui succéda à celui de

défense nationale.

Les débats sur la Constitution firent à peine trêve aux querelles intestines qui divisaient la Convention.
C'est au moment où les Girondins ressassaient contre Robespierre et Danton leur éternelle accusation de

dictature que le premier, après avoir exposé, aux applaudissements de l'Assemblée, son mémorable projet

de Déclaration des droits de l'homme, prononçait ces paroles, toujours dignes d'être méditées: «Fuyez la

manière ancienne des gouvernements de vouloir trop gouverner; laissez aux individus, laissez aux

familles le droit de faire ce qui ne nuit point à autrui; laissez aux communes le droit de régler

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