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Ernest Hamel - Thermidor

pour les familles des émigrés?

Arrivant ensuite aux persécutions sourdes dont Robespierre était l'objet, il demanda, sans nommer son
ami, s'il était un dominateur qui ne se fût pas d'abord environné d'un grand crédit militaire, emparé des

finances et du gouvernement, et si ces choses se trouvaient dans les mains de ceux contre lesquels on

insinuait des soupçons. David appuya chaleureusement les paroles de son jeune collègue. Il n'y avait pas

à se méprendre sur l'allusion. Billaud-Varenne dit alors à Robespierre: Nous sommes tes Amis, nous

avons toujours marché ensemble.
Et la veille, il l'avait traité de Pisistrate. «Ce déguisement», dit
Saint-Just, «fit tressaillir mon coeur»[412].

[Note 412: Discours du 9 thermidor.]

Il n'y eut rien d'arrêté positivement dans cette séance; cependant la paix parut, sinon cimentée, au moins
en voie de se conclure, et l'on confirma le choix que, la veille, on avait fait de Saint-Just, comme

rédacteur d'un grand rapport sur la situation de la République. Les conjurés, en apprenant l'issue de cette

conférence, furent saisis de terreur. Si cette paix eût réussi, a écrit l'un d'eux, «elle perdait à jamais la

France»[413]; c'est-à-dire: nous étions démasqués et punis, nous misérables qui avons tué la République

dans la personne de son plus dévoué défenseur. De nouveau l'on se mit à l'oeuvre: des listes de

proscription plus nombreuses furent lancées parmi les députés. «Epouvanter les membres par des listes

de proscription et en accuser l'innocence», voilà ce que Saint-Just appelait un blasphème[414].

[Note 413: Les Crimes de sept membres des anciens comités, etc., ou Dénonciation formelle à la
Convention nationale
, par Laurent Lecointre, p. 194.]

[Note 414: Discours du 9 Thermidor.]

Tel avait été le succès de ce stratagème, qu'ainsi que nous l'avons dit, un certain nombre de représentants
n'osaient plus coucher dans leurs lits. Cependant on ne vint pas sans peine à bout d'entraîner le comité de

Salut public; il fallut des pas et des démarches dont l'histoire serait certainement instructive et curieuse.

Les membres de ce comité semblaient comme retenus par une sorte de crainte instinctive, au moment de

livrer la grande victime. Tout à l'heure même nous allons entendre Barère, en leur nom, prodiguer à

Robespierre la louange et l'éloge. Mais ce sera le baiser de Judas.

CHAPITRE SIXIÈME

Sortie de Couthon contre les conjurés. - Une pétition des Jacobins. - Justification de Dubois-Crancé. -
Réunion chez Collot-d'Herbois. Robespierre la veille du 8 thermidor. - Discours testament. - Vote de

l'impression du discours. - Vadier à la tribune. - Intervention de Cambon. - Billaud-Varenne et Panis dans

l'arène. - Fière attitude de Robespierre. - Sa faute capitale. - Remords de Cambon. - Séance du 8

thermidor aux Jacobins. - David et Maximilien. - Tentative suprême auprès des gens de la droite. - Nuit

du 8 au 9 thermidor.

I

Aux approches du 9 thermidor, il y avait dans l'air une inquiétude vague, quelque chose qui annonçait de
grands événements. Les malveillants s'agitaient en tous sens et répandaient les bruits les plus alarmants

pour décourager et diviser les bons citoyens. Ils intriguaient jusque dans les tribunes de la Convention.

Robespierre s'en plaignit vivement aux Jacobins dans la séance du 6, et il signala d'odieuses menées dont,

ce jour-là même, l'enceinte de la Convention avait été le théâtre[415]. Après lui Couthon prit la parole et

revint sur les manoeuvres employées pour jeter la division dans la Convention nationale, dans les comités

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