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Ernest Hamel - Thermidor

Et il terminait sa lettre en prévenant Maximilien qu'il irait le voir le lendemain pour savoir l'heure et le
moment où il pourrait lui ouvrir son coeur[381]. Celui-là devait être bien informé. Vit-il Robespierre, et

déroula-t-il devant lui tout le plan de la conjuration? C'est probable. Ce qu'il y a de certain, c'est que

Maximilien, comme on peut s'en convaincre par son discours du 8 thermidor, connaissait jusque dans

leurs moindres détails les manoeuvres de ses ennemis.

[Note 381: Cette lettre figure à la suite du rapport de Courtois, sous le numéro XVI, p. 113. Courtois n'a
donné que l'initiale du nom de Labenette. Nous l'avons rétabli d'après l'original de la lettre, qu'on peut

voir aux Archives.]

S'il eût été doué du moindre esprit d'intrigue, comme il lui eût été facile de déjouer toutes les
machinations thermidoriennes, comme aisément il se fût rendu d'avance maître de la situation! Mais non,

il sembla se complaire dans une complète inaction. Loin de prendre la précaution de sonder les intentions

de ses collègues de la droite, il n'eut même pas l'idée de s'entendre avec ceux dont le concours lui était

assuré! La grande majorité des sections parisiennes, la société des Jacobins presque tout entière, la

commune lui étaient dévouées; il ne songea point à tirer parti de tant d'éléments de force et de succès.

Les inventeurs de la conspiration de Robespierre ont eu beau s'ingénier, ils n'ont pu prouver un

lambeau de papier indiquant qu'il y ait eu la moindre intelligence et le moindre concert entre Maximilien

et le maire de Paris Fleuriot-Lescot, par exemple, ou l'agent national Payan[382]. Si ces deux hauts

fonctionnaires, sur le compte desquels la réaction, malgré sa science dans l'art de la calomnie, n'est

parvenue à mettre ni une action basse ni une lâcheté, ont, dans la journée du 9 thermidor, pris parti pour

Robespierre, ç'a été tout spontanément et emportés par l'esprit de justice. En revanche on a été beaucoup

plus fertile en inventions sur le compte d'Hanriot, le célèbre général de la garde nationale

parisienne[383].

[Note 382: Il n'existe qu'une seule lettre de Payan à Robespierre; elle est datée du 9 messidor (2 juin
1794). Cette lettre, dont nous avons déjà parlé plus haut, est surtout relative à un rapport de Vadier sur

Catherine Théot, rapport dans lequel l'agent national croit voir le fruit d'une intrigue

contre-révolutionnaire. Elle est très loin de respirer un ton d'intimité, et, contrairement aux habitudes du

jour, Payan n'y tutoie pas Robespierre. (Voyez-la à la suite du rapport de Courtois, sous le numéro LVI,

p. 212, et dans les Papiers inédits, t. II, p. 359.)]

[Note 383: M. Thiers, dont nous avons renoncé à signaler les erreurs étranges, les inconséquences, les
contradictions se renouvelant de page en page, fait offrir par Hanriot à Robespierre le déploiement de

ses colonnes
et une énergie plus grande qu'au 2 juin. (Histoire de la Révolution, ch. XXI.) M.
Thiers, suivant son habitude, du reste, n'oublie qu'une chose, c'est de nous dire d'où lui est venu ce

renseignement; nous aurions pu alors en discuter la valeur.]

VIII

Oh! pour celui-là la réaction a été impitoyable; elle a épuisé à son égard tous les raffinements de la
calomnie. Hanriot a payé cher sa coopération active au mouvement démocratique du 31 mai. De cet ami

sincère de la Révolution, de ce citoyen auquel un jour, à l'Hôtel de Ville, on promettait une renommée

immortelle pour son désintéressement et son patriotisme, les uns ont fait un laquais ivre, les autres l'ont

malicieusement confondu avec un certain Hanriot, compromis dans les massacres de Septembre.

On a jusqu'à ce jour vomi beaucoup de calomnies contre lui, on n'a jamais rien articulé de sérieux. Dans
son commandement il se montra toujours irréprochable. Sa conduite, durant le rude hiver de 1794, fut

digne de tous éloges. Si la paix publique ne fut point troublée, si les attroupements aux portes des

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