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Ernest Hamel - Thermidor

pour personne qu'à l'exception de trois ou quatre de ses membres, ce comité, instrument sinistre de la
Terreur, était entièrement hostile à Robespierre. D'où la conclusion toute naturelle que Robespierre était

le persécuteur, puisque ses ennemis prenaient un si tendre intérêt aux persécutés. Quels maîtres fourbes

que ces héros de Thermidor!

VII

Toutefois les députés de la droite hésitèrent longtemps avant de se rendre, car ils craignaient d'être dupes
des manoeuvres de la conspiration. Ils savaient bien que du côté de Robespierre étaient le bon sens, la

vertu, la justice; que ses adversaires étaient les plus vils et les plus méprisables des hommes; mais ils

savaient aussi fort bien que son triomphe assurait celui de la démocratie, la victoire définitive de la

République, et cette certitude fut la seule cause qui fit épouser aux futurs comtes Sieyès,

Boissy-d'Anglas, Dubois-Dubais, Thibaudeau et autres la querelle des Rovère, des Fouché, des Tallien,

des Bourdon et de leurs pareils.

Par trois fois ceux-ci durent revenir à la charge, avoue Durand-Maillane[373], tant la conscience, chez
ces députés de la droite, balançait encore l'esprit de parti. Comment, en effet, eussent-ils consenti à

sacrifier légèrement, sans résistance, celui qui les avait constamment protégés[374], celui qu'ils

regardaient comme le défenseur du faible et de l'homme trompé[375]? Mais l'esprit de parti fut le plus

fort. Il y eut, dit-on, chez Boissy-d'Anglas des conférences où, dans le désir d'en finir plus vite avec la

République, la majorité se décida, non sans combat, à livrer la tête du Juste, de celui que le maître du

logis venait de surnommer hautement et publiquement l'Orphée de la France[376]. Et voilà comment des

gens relativement honnêtes conclurent un pacte odieux avec des coquins qu'ils méprisaient.

[Note 373: Mémoires de Durand-Maillane, p. 199.]

[Note 374: Ibid.]

[Note 375: Lettre de Durand-Maillane, citée in-extenso dans son second volume. «Il n'était pas
possible de voir plus longtemps tomber soixante, quatre-vingts têtes par jour sans horreur....» dit

Durand-Maillane dans ses mémoires, qui sont, comme nous l'avons dit déjà, un mélange étonnant de

lâcheté et de fourberie. Singulier moyen de mettre fin à cette boucherie que de s'allier avec ceux qui en

étaient les auteurs contre celui qu'on savait décidé à les poursuivre pour arrêter l'effusion du sang

versé par le crime
.]

[Note 376: A l'égard de ces conférences chez Boissy-d'Anglas, je n'ai rien trouvé de certain. Je ne les
mentionne que d'après un bruit fort accrédité. Ce fut, du reste, à Boissy-d'Anglas particulièrement, à

Champeaux-Duplasne et à Durand-Maillane que s'adressèrent les conjurés. (Mémoires de

Durand-Maillane
, p. 199.)]

Outre l'élément royaliste, il y avait dans la Plaine, cette pépinière des serviteurs et des grands
seigneurs de l'Empire, une masse variable, composée d'individus craintifs et sans convictions, toujours

prêts à se ranger du côté des vainqueurs. Un mot attribué à l'un d'eux les peint tout entiers.

«Pouvez-vous nous répondre du ventre_»? demanda un jour Billaud-Varenne à ce personnage de
la Plaine. «Oui», répondit celui-ci, «si vous êtes les plus forts». Abattre Robespierre ne paraissait

pas chose aisée, tant la vertu exerce sur les hommes un légitime prestige.

Lui, pourtant, en face de la coalition menaçante, restait volontairement désarmé. Dépouillé de toute
influence gouvernementale, il ne songea même pas à tenter une démarche auprès des députés du centre,

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