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Émile Zola - Le naturalisme au théâtre: les théories et les exemples

j'avance là «une incongruité littéraire». Je serai plus aimable, je dirai simplement que M. Sarcey ne sait
pas me lire.

Eh! oui, Molière est un «roublard» pour l'arrangement des scènes, pour la distribution des matériaux dans
une oeuvre. Il était à la fois auteur et acteur, il connaissait son «métier» mieux que personne. Il a même

inventé la plus admirable coupe de dialogue qui existe. Seulement, cela n'empêche pas que

Tartuffe
a un dénouement enfantin et que le Misanthrope est plutôt une dissertation
dialoguée qu'une pièce, si l'on examine cette comédie à notre point de vue actuel. Aucun de nos auteurs

dramatiques ne risquerait un pareil dénouement, ni une comédie aussi vide d'action; tous craindraient

d'être sifflés. Je n'ai pas dit autre chose, le sens de code dramatique que je donnais au mot métier, sortait

naturellement de ce qui précédait.

Et je profite de l'occasion pour enregistrer l'aveu de M. Sarcey. Chaque époque a son métier. Qu'il
reconnaisse maintenant que chaque auteur a le sien et nous nous entendrons parfaitement. Seulement, il

ne faudra plus alors qu'il veuille régenter le théâtre, parler de pièces bien faites et de pièces mal faites. Du

moment où il n'y a pas une grammaire, un code, tout est permis. C'est ce que je me tue à démontrer

depuis des années.

Maintenant, bien que je ne veuille pas répondre aux critiques qui me sont personnelles, je m'étonnerai de
l'explication bonne enfant que M. Sarcey donne de mes idées sur la littérature dramatique. Oh! mon

Dieu, rien de plus simple! J'ai écrit des pièces qui sont tombées. De là, une grande mauvaise humeur et

une campagne féroce contre mes confrères. M. Sarcey est toujours pratique. Il frappe en plein dans le tas.

Vous croyez qu'il va s'imaginer que j'ai des convictions, que je me bats pour le triomphe de ce que je

crois être la vérité. A d'autres! On m'a sifflé, j'enrage et je me console en dévorant les auteurs plus

heureux. Voilà qui est d'un critique de haut vol.

Si je remue la science, et si je remonte au dix-huitième siècle pour y signaler la naissance du naturalisme,
si je suis l'évolution de ce naturalisme à travers le romantisme, et si j'en constate le triomphe dans le

roman, en prédisant qu'il triomphera prochainement aussi au théâtre, tout cela c'est que le public m'a hué

et que je suis plein de vengeance!

M Sarcey a tort de me croire si furieux et si malade de mes chutes. Qu'il interroge mes amis, ils lui diront
que je sais tomber très gaillardement. Comment n'a-t-il pas compris que le théâtre n'est encore pour moi

qu'un champ de manoeuvres et d'expériences? Ma vraie forge est à côté. Seulement, j'aime me battre, je

me bats dans le champ voisin, pour ne pas faire trop de dégâts chez moi, si la bataille tourne mal.

Autrefois, c'a été la peinture qui m'a servi de champ de manoeuvres. Aujourd'hui, j'ai choisi le théâtre,

parce qu'il est plus près; d'ailleurs, peinture, théâtre, roman, le terrain est le même, lorsqu'on y étudie le

mouvement de l'intelligence humaine. Les soirs où l'on me tue une pièce, ce n'est encore qu'une maquette

qu'on me casse. Voilà ma confession.

Il

Il me faut répondre à un article que mon confrère, M. Henry Fouquier, a bien voulu consacrer aux idées
que je défends. La polémique a ceci d'excellent qu'elle simplifie et éclaircit les questions, lorsqu'on est de

bonne foi des deux côtés. Il est très bon, cet article de M. Henry Fouquier; je veux dire qu'il est très bon

pour moi, car il va me permettre d'expliquer nettement la position que j'ai prise dans la critique

dramatique et qu'on affecte de ne pas comprendre.

Et, d'abord, comment M. Henry Fouquier, qui est un esprit très fin, un peu fuyant peut-être, tombe-t-il

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