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Émile Zola - La Conquête de Plassans

décision serait prise ultérieurement.

Le docteur Porquier apprit cette solution par Lucien Delangre, une après-midi, comme il se trouvait dans
le jardin de la sous-préfecture. Il courut à la terrasse. C'était l'heure du bréviaire de l'abbé Faujas; il était

là, sous la tonnelle des Mouret.

- Ah! monsieur le curé, que de remercîments! dit le docteur en se penchant. Je serais bien heureux de
vous serrer la main.

- C'est un peu haut, répondit le prêtre, qui regardait le mur avec un sourire.

Mais le docteur Porquier était un homme plein d'effusion, que les obstacles ne décourageaient pas.

- Attendez, s'écria-t-il. Si vous le permettez, monsieur le curé, je vais faire le tour.

Et il disparut. L'abbé, toujours souriant, se dirigea lentement vers la petite porte qui s'ouvrait sur
l'impasse des Chevillottes. Le docteur donnait déjà contre le bois de petits coups discrets.

- C'est que cette porte est condamnée, murmura le prêtre.... Il y a un des clous qui est cassé.... Si l'on
avait un outil, ça ne serait pas difficile d'enlever l'autre.

Il regarda autour de lui, aperçut une bêche. Alors, d'un léger effort, il ouvrit la porte, dont il avait tiré les
verroux. Puis, il sortit dans l'impasse des Chevillottes, où le docteur Porquier l'accabla de bonnes paroles.

Comme ils se promenaient en causant le long de l'impasse, M. Maffre, qui se trouvait justement dans le

jardin de M. Rastoil, ouvrit de son côté la petite porte cachée derrière la cascade. Et ces messieurs rirent

beaucoup de se trouver, ainsi tous les trois dans cette ruelle déserte.

Ils restèrent là un instant. Lorsqu'ils prirent congé de l'abbé, le juge de paix et le docteur allongèrent la
tête dans le jardin des Mouret, regardant curieusement autour d'eux.

Cependant, Mouret, qui mettait des tuteurs à des pieds de tomates, les aperçut en levant les yeux. Il resta
muet de surprise.

- Eh bien! les voilà chez moi maintenant, murmura-t-il. Il ne manque plus que le curé amène ici les deux
bandes!

XIII

Serge avait alors dix-neuf ans. Il occupait au second étage, une petite chambre, en face de l'appartement
du prêtre, où il vivait presque cloîtré, lisant beaucoup.

- Il faudra que je jette tes bouquins au feu, lui disait Mouret avec colère. Tu verras que tu finiras par te
mettre au lit.

En effet, le jeune homme était d'un tempérament si nerveux, qu'il avait, à la moindre imprudence, des
indispositions de fille, des bobos qui le retenaient dans sa chambre pendant deux ou trois jours. Rose le

noyait alors de tisane, et lorsque Mouret montait pour le secouer un peu, comme il le disait, si la

cuisinière était là, elle mettait son maître à la porte, en lui criant:

- Laissez-le donc tranquille, ce mignon! vous voyez bien que vous le tuez avec vos brutalités.... Allez, il
ne tient guère de vous, il est tout le portrait de sa mère. Vous ne les comprendrez jamais, ni l'un ni l'autre.

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