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Émile Zola - La Conquête de Plassans

Comme je tiens à lui être agréable, je lui avais promis d'aller voir aujourd'hui ce diable d'homme.... Moi,
j'étais certain qu'il refuserait.

- Et il a refusé?

- Non, j'ai été bien surpris, il a accepté.

Mouret ouvrit la bouche, puis la referma. Le prêtre clignait les yeux d'un air extrêmement satisfait.

- Il faut confesser que j'ai été bien habile.... Il y avait plus d'une heure que j'expliquais à Faujas la
situation de madame votre belle-mère. Il hochait la tête, ne se décidait pas, parlait de son amour de la

retraite.... Enfin j'étais à bout, lorsque je me suis souvenu d'une recommandation de cette chère dame.

Elle m'avait prié d'insister sur le caractère de son salon, qui est, comme toute la ville le sait, un terrain

neutre.... C'est alors qu'il a semblé faire un effort et qu'il a consenti. Il a formellement promis pour

demain... Je vais écrire deux lignes à l'excellente madame Rougon pour lui annoncer notre victoire.

Il resta encore là un moment, se parlant à lui-même, roulant ses gros yeux bleus.

- Monsieur Rastoil sera bien vexé, mais ce n'est pas ma faute.... Au revoir, cher monsieur Mouret, bien au
revoir; tous mes compliments chez vous.

Et il entra dans l'église, en laissant retomber doucement derrière lui la double porte rembourrée. Mouret
regarda cette porte avec un léger haussement d'épaules.

- Encore un bavard, grommela-t-il; encore un de ces hommes qui ne vous laissent pas placer dix paroles,
et qui parlent toujours pour ne rien dire.... Ah! le Faujas va demain chez la noiraude; c'est bien fâcheux

que je sois brouillé avec cet imbécile de Rougon.

Puis, il courut toute l'après-midi pour ses affaires. Le soir, en se couchant, il demanda négligemment à sa
femme: - Est-ce que tu vas chez ta mère demain soir?

- Non, répondit Marthe; j'ai trop de choses à terminer. J'irai sans doute jeudi prochain.

Il n'insista pas. Mais, avant de souffler la bougie:

- Tu as tort de ne pas sortir plus souvent, reprit-il. Va donc chez ta mère, demain soir; tu t'amuseras un
peu. Moi, je garderai les enfants.

Marthe le regarda, étonnée. D'ordinaire, il la tenait au logis, ayant besoin d'elle pour mille petits services,
grognant quand elle s'absentait pendant une heure.

- J'irai, si tu le désires, dit-elle.

Il souffla la bougie, il mit la tête sur l'oreiller, en murmurant:

- C'est cela, et tu nous raconteras la soirée. Ça amusera les enfants.

VI

Le lendemain soir, vers neuf heures, l'abbé Bourrette vint prendre l'abbé Faujas; il lui avait promis d'être
son introducteur, de le présenter dans le salon des Rougon. Comme il le trouva prêt, debout au milieu de

sa grande chambre nue, mettant des gants noirs blanchis au bout de chaque doigt, il le regarda avec une

légère grimace.

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