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L'Argent

Émile Zola

I
II
III
IV
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VI
VII
VIII
IX
X
XI
XII

I

Onze heures venaient de sonner à la Bourse, lorsque Saccard entra chez Champeaux, dans la salle blanc
et or, dont les deux hautes fenêtres donnent sur la place. D'un coup d'oeil, il parcourut les rangs de petites

tables, où les convives affamés se serraient coude à coude ; et il parut surpris de ne pas voir le visage

qu'il cherchait.

Comme, dans la bousculade du service, un garçon passait, chargé de plats :

" Dites donc, M. Huret n'est pas venu ?

- Non, monsieur, pas encore. "

Alors, Saccard se décida, s'assit à une table que quittait un client, dans l'embrasure d'une des fenêtres. Il
se croyait en retard ; et, tandis qu'on changeait la serviette, ses regards se portèrent au-dehors, épiant les

passants du trottoir. Même, lorsque le couvert fut rétabli, il ne commanda pas tout de suite, il demeura un

moment les yeux sur la place, toute gaie de cette claire journée des premiers jours de mai. A cette heure

où le monde déjeunait, elle était presque vide : sous les marronniers, d'une verdure tendre et neuve, les

bancs restaient inoccupés ; le long de la grille, à la station des voitures, la file des fiacres s'allongeait,

d'un bout à l'autre ; et l'omnibus de la Bastille s'arrêtait au bureau, à l'angle du jardin, sans laisser ni

prendre de voyageurs. Le soleil tombait d'aplomb, le monument en était baigné, avec sa colonnade, ses

deux statues, son vaste perron, en haut duquel il n'y avait encore que l'armée des chaises, en bon ordre.

Mais Saccard, s'étant tourné, reconnut Mazaud, l'agent de change, à la table voisine de la sienne : Il tendit
la main.

" Tiens ! c'est vous. Bonjour !

- Bonjour ! " répondit Mazaud, en donnant une poignée de main distraite.

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