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Émile Gaboriau - Les gens de bureau

- Oui, aux gens qu'il connaît, c'est pure obligeance de sa part. Comment, vous ne le saviez pas?

- Heureusement, dit Romain.

- Eh bien! je vais vous présenter à lui.

Le caissier refuse rarement aux employés un léger service dans le courant du mois.

Est-il autorisé par l'Administration? on n'en sait rien.

Mais on n'a pas souvent recours à lui, on préfère s'adresser au garçon de bureau usurier. Il est de fait
qu'en tirant sur la caisse, on contracte une obligation, et la reconnaissance est un fardeau lourd à porter.

Avec le garçon usurier, on a le droit de se croire parfaitement quitte lorsqu'on a payé deux cent quarante
pour cent par an.

Le caissier reçut parfaitement Caldas et lui donna gracieusement ce dont il avait besoin; le propriétaire de
Mlle Célestine dut être content.

C'est un mauvais service que rendit là Basquin à Caldas. Depuis ce jour, celui-ci mangea ses
appointements en herbe.

C'est vers le 3, d'ordinaire, qu'il commençait à demander des avances. Mais il comptait, pour rétablir sec
affaires, sur sa pièce du Théâtre-Français et sur celle qu'il faisait en collaboration avec Saint-Adolphe.

Il était d'ailleurs au mieux avec le caissier. Parfois il allait lui tenir compagnie derrière sa grille et il
s'amusait à regarder les visages des gens qui venaient toucher.

C'est là qu'un jour d'émargement, il vit un monsieur bien mis qui présenta un bon et reçut en échange
cinq cents francs.

- Quel est ce monsieur? demanda-t-il au caissier, et pourquoi lui donne-t-on tout cet argent?

- Comment pourquoi? c'est un de nos collègues.

- Mais je ne le connais pas, moi qui connais tout le monde ici! Ne vient-il donc jamais?

- Parbleu si, tous les trente ou trente et un du mois.

- Que fait-il alors? qui est-ce?

- Mon cher, murmura le caissier, c'est l'EMPLOYÉ QUI REND DES SERVICES.

XXXIX

Le Zèle, comédie en quatre actes, en prose, par MM. Saint-Adolphe et Romain Caldas, allait être
terminé et présenté à M. de Chilly.

M. Deslauriers, qui n'est pas un collaborateur pour rire, avait vigoureusement pioché. Il avait bel et bien
mis pour sa part deux mots plaisants qui n'étaient pas drôles du tout. De plus il avait recopié de sa plus

belle écriture les deux premiers actes.

Il achevait la copie du troisième un matin, lorsque Caldas entra.

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