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Émile Gaboriau - Les gens de bureau

- Si vous ne faites pas son affaire, il vous renvoie honteusement, et vous voilà noté d'incapacité ou de
paresse pour le restant de votre vie.

- Je vous comprends, reprit Romain, vous me conseillez de ne pas m'enterrer: mais je suis enterré vif
dans ce maudit bureau de l'Alimentation.

- Vous êtes sous la coupe d'Izarn? fit M. Lorgelin.

- Oui.

- Et vous lui plaisez?

- J'ai ce malheur.

- Vous avez donc travaillé?

- J'ai commis cette imprudence.

- Alors, c'est fini, pourquoi me demandez-vous conseil?

- C'est que je voudrais sortir à tout prix de cet étouffoir, je n'entends pas renoncer à l'avancement,

- Alors, ne faites plus rien.

XXXVI

Caldas montra bien qu'il était un ambitieux. Il suivit strictement les avis de Lorgelin-Mentor. Pendant
quinze jours on ne le vit pas écrire une seule ligne. Il allait dans la journée faire des parties de billard au

café de l'Équilibre. M. Izarn, qui entre cent fois par jour dans le bureau de ses subordonnés, ne le trouvait

jamais à sa place.

Surpris de ce changement à vue, le chef de bureau essaya d'abord de ramener le réfractaire à de meilleurs
sentiments; il lui parla affectueusement, du ton de l'intérêt le mieux senti, et humecta à propos sa

paupière de deux ou trois petites larmes qu'il a à sa disposition. Il lui représenta le désespoir de sa

famille, lorsqu'elle apprendrait que par des étourderies de jeune homme il compromettait sa carrière.

Caldas, que deux ans de bureaucratie avaient vigoureusement trempé, ne s'attendrit point à ces larmes de

crocodile. Il promit hypocritement de s'amender, et resta huit jours sans venir.

Pendant sa maladie qui tomba bien, car le temps fut superbe, il fit savoir adroitement à son chef qu'il
écrivait dans les journaux.

Lorsqu'il reparut, il trouva sa place prise. Il alla demander une explication à M. Izarn.

- Je m'étais bien trompé sur votre compte, répondit celui-ci; vous êtes, je le vois, de ceux qui désertent
devant l'ennemi.

- Quel ennemi? demanda Caldas.

- Le travail, puisque le travail est votre ennemi, à vous autres, mauvais employés.

Caldas, ravi au fond de l'âme, baissa la tête comme un coupable.

M. Izarn reprit:

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