bibliotheq.net - littérature française
 

Émile Gaboriau - Les gens de bureau

qui erraient comme des âmes en peine et qui demandaient à tous ceux qu'ils rencontraient:

- Pardon, vous ne sauriez pas où est mon bureau?

* * * * *

XXXIII

Caldas avait perdu son troisième acte; mais il fut nommé commis. Ses appointements se trouvèrent du
coup presque doublés.

Il était donc dans les satisfaits; par contre, il y avait des mécontents, M. Rafflard, par exemple, qui venait
d'être nommé au bureau des Affaires Prescrites, une impasse définitive, et Nourrisson, qui était resté au

bureau du Sommier.

M. Bizos, promu au grade de sous-chef était furieux; M. Sangdemoy, au contraire, n'ayant eu aucun
avancement, se frottait les mains et plus que jamais bénissait l'administration.

Gérondeau, lui aussi, était dans les satisfaits. Cet adroit expéditionnaire avait réussi à s'emparer de
fonctions qu'il convoitait depuis longtemps, c'est-à-dire à s'introduire dans un bureau complètement hors

cadre, le

BUREAU DES VOITURES.

Les employés de ce bureau forment une classe à part dans l'administration. Ce sont des paresseux
intelligents. L'autorité supérieure a su tirer parti de leurs défauts et utiliser des gens jusqu'alors inutiles.

Dans l'intérieur du ministère, ils ne faisaient oeuvre de leurs dix doigts. Renonçant à combattre leur
horreur insurmontable pour le bureau, l'administration les emploie à l'extérieur.

Ils font les courses qui exigent la présence d'un homme entendu et capable; ils s'occupent des affaires
litigieuses; discutent les transactions, et enfin évitent, pour les affaires urgentes, les lenteurs de la

correspondance administrative.

Le nom de ce bureau vient de ce que l'administration autorise tous ces employés à prendre des voitures à
son compte. Leurs six heures réglementaires es passent donc dans un coupé, dont quelques-uns sont

heureux d'offrir la moitié aux petites dames qu'ils rencontrent.

D'autres voyagent, dit-on, sur l'impériale des omnibus, et réalisent ainsi d'honnêtes bénéfices.

Gérondeau n'est pas de ceux-là. Il affirme qu'il y met du sien.

* * * * *

Basquin n'était ni content, ni mécontent. On l'avait fait passer, toujours en qualité d'expéditionnaire, à un
bureau de création nouvelle, le

BUREAU DE LA CORRESPONDANCE PARTICULIÈRE.

Ce nouveau service est l'oeuvre et l'invention d'un sous-chef rempli d'astuce. Depuis cinq ans il rumine
ce projet, depuis trois ans il travaille à le faire aboutir.

C'est au portier du ministère que jadis les facteurs de la poste remettaient les lettres particulières

< page précédente | 76 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.