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Émile Gaboriau - Les gens de bureau
Il conduit en Italie une soeur poitrinaire.
Il poursuit en Valachie sa femme qui vient de se faire lever par un boyard qui étudiait en médecine.
Le petit carottier exploitait les accidents de l'existence; le grand carotteur exploite les catastrophes. Les morts, les héritages, les crimes, les procès, autant de cordes à son arc.
- Moi, continua M. Brugnolles, je n'ai qu'une corde à mon arc; mais c'est la corde infaillible. Je suis malade.
- Maladie incurable! je m'en doutais depuis que je vous écoute, dit Caldas.
- Ne croyez pas que cela soit facile. Il ne s'agit pas de dire: «Je suis malade, je vais prendre un congé;» il faut arriver à se faire dire: «Vous êtes malade, prenez donc un congé!» Voilà pourquoi je me tue de travail ici. Chacun sait bien que ces excès de labeur ont délabré ma santé. Je dois dire du reste qu'en huit jours je mets mon service au courant pour deux mois. J'ai fini ma besogne aujourd'hui; demain je commencerai à éprouver des vertiges. Après-demain mon chef me suppliera d'aller me soigner. Et c'est ainsi, mon cher, que, tout en passant pour un excellent employé, toujours porté au tableau d'avancement, j'ai trouvé le moyen de ne venir au ministère que quarante jours par an.
- Mais que faites-vous du reste de votre temps? demanda Caldas.
- Moi, je suis voyageur de commerce.
XXXI
- Allez vous coucher, Brugnolles, allez vous coucher.
Ainsi parla le chef de bureau.
- Je crois en effet que j'ai la fièvre, dit Brugnolles, qui prit son chapeau.
Et, s'approchant de Caldas comme pour le mettre au courant de la besogne:
- Si vous avez des commissions pour Lille, lui souffla-t-il, j'y vais placer des vins.
Romain de nouveau se trouva seul, et de nouveau la besogne lui manqua complètement. Il s'ennuyait sérieusement dans son cabinet.
Comme il ne remplissait au Service Extérieur qu'un emploi intérimaire, un officieux vint lui dire fort à propos que deux autres places étaient vacantes sous deux chefs différents.
- C'est bien, dit-il, j'y réfléchirai.
Il voulait prendre des renseignements sur les chefs de ces bureaux, et on lui fit connaître tour à tour le chef qui ne fait rien, et le chef qui fait tout.
LE CHEF QUI NE FAIT RIEN
Paraît au bureau tous les deux ou trois jours, et c'est vers deux heures qu'il y arrive.
Il confère alors dix minutes avec son sous-chef, qui est un homme capable.
Ensuite, il lit son journal, fait sa correspondance particulière, et donne quelques signatures.
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