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Émile Gaboriau - Les gens de bureau
de savoir écrire; Ce don vient de Dieu
Soyez béni mon Dieu et faites que je conserve longtemps ma main.
Romain fut ébloui, et il osa commettre une action peu louable.
On ne le regardait pas, il saisit un canif, découpa ces deux phrases dans le papier du sous-main, et les fourra dans sa poche.
Je publie ce fac-simile, fort inférieur à l'original; je n'ai pas hésité à profiter de l'abus de confiance de mon ami pour prouver au lecteur mon grand amour de la vérité.
- Eh bien, avez-vous fini? demanda Basquin a Caldas.
- Encore un instant, répondit celui-ci; et d'inspiration il écrivit ce quatrain, dans le goût des épitaphes anticipées dont il enrichit les colonnes du Bilboquet:
Du pèlerin demain je prendrai les coquilles, Si Dieu veut m'accorder la main de Coquillet. Pinxit rageait devant ces pages sans coquilles, Pingchat se racoquillait.
- Voilà! s'écria Romain fort satisfait, en présentant son oeuvre à son futur professeur; et il attendit l'effet.
Mais l'effet ne répondit pas à son espérance. Coquillet n'y vit que quatre lignes de grandeurs inégales et abominablement mal écrites.
Basquin découvrit que c'étaient des vers: même il pénétra la pointe finale et essaya vainement d'en donner la clef au prince des calligraphes.
Une seule chose l'intriguait: quels étaient ces messieurs Pinxit et Pingebat qu'on accusait de jalouser le talent de son maître?
- Je connais pourtant ces noms-là, murmurait-il, j'ai vu ça quelque part!... Ah! j'y suis... ce sont des artistes qui font des tableaux.
- Des tableaux! répondit Coquillet saisissant le mot au vol; j'en ai fait aussi, et des chefs-d'oeuvre, j'ose le dire.
- Bah! fit Caldas étonné.
- Je les ai vus, affirma Basquin, qui s'amusait du quiproquo; il a fait les frais de cadres magnifiques; c'est le plus bel ornement de son logis.
- Et ces tableaux sont de M. Coquillet?
- Certainement, ils sont de moi, reprit Coquillet blessé au vif; j'y ai réuni un spécimen de toutes les écritures connues, et je défie personne d'en faire autant.
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