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Émile Gaboriau - Les gens de bureau
Ces jeunes élèves portaient l'uniforme des lycées et empestaient la pipe et l'absinthe.
L'un d'eux vint s'asseoir à la gauche de Caldas; déjà il avait à sa droite un vieillard sexagénaire dont les yeux s'abritaient derrière des lunettes vertes.
- Tous ces gens-là, pensait Caldas, ont pourtant un protecteur. Ils ont eu une signature illustre. Comment, par quels ressorts, par quels moyens?... Quelles ont été leurs influences? Sont-ils dans la manche d'une jolie femme, d'une chambrière, d'un perruquier ou d'un confesseur? Ce serait, en vérité, une curieuse statistique.
Dix heures sonnèrent. On ferma les portes.
Un monsieur très-décoré, qui occupait au fond de la salle un fauteuil placé sur une estrade, semblait présider l'assemblée.
Ce monsieur se leva et prononça à peu près ce petit discours:
« - Je ne vous cacherai pas, jeunes candidats, les horribles difficultés de cet examen; vous n'aurez cependant à répondre qu'à des questions d'une extrême simplicité. La plus rigoureuse sévérité présidera à la correction des compositions; les examinateurs seront d'ailleurs aussi indulgents que possible. Rendons tous grâce à Son Excellence Monsieur le Ministre.»
L'examen commença. Il y eut une question qui embarrassa bien Caldas.
C'était un problème ainsi posé:
«Dire l'influence de la statistique sur la durée moyenne de la vie des hommes depuis dix ans.»
Il s'en tira pourtant en s'inspirant fort à propos d'un passage humanitaire de la Case de l'oncle Tom.
Du reste, Romain put travailler avec tranquillité. Il ne fut dérangé que tous les quarts d'heure par son voisin le lycéen qui lui offrait des prises de tabac dans sa queue de rat, et, de temps à autre, par le sexagénaire, qui lui demandait des conseils sur les participes. Trois messieurs, qui copièrent par-dessus son épaule, ne le gênèrent aucunement.
En rentrant chez lui, Caldas se disait:
- Cet examen est une excellente chose pour les candidats; au numéro de classement qu'obtient leur mérite, ils peuvent mesurer au juste l'influence de leurs protecteurs.
II
Les hautes influences qu'avait fait jour Caldas lui garantissaient sa réception dans un rang honorable. Aussi n'essaya-t-il pas d'entreprendre quoi que ce soit, et son tailleur étant venu lui présenter une petite facture, il lui promit de le payer le jour où il toucherait des appointements.
Et il attendit.
Il attendit huit jours, un mois, six mois.... ..............................................
Après quoi il prit son chapeau et se rendit au Ministère afin d'avoir des nouvelles de son examen.
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