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Émile Gaboriau - Les gens de bureau
Gérondeau s'informa de ce qu'avaient fait les deux fugitifs pendant la journée.
Basquin répondit qu'il avait joué au billard et qu'il avait gagné sept parties.
- Dame, vous êtes très-fort, mon petit, dit Gérondeau à Basquin qu'il gagne toujours, vous devriez m'en rendre, je suis dupe; mais si M. Caldas veut me faire le plaisir de jouer l'absinthe...
L'honnêteté de Basquin se révolta de cette proposition,
- Vous n'avez pas de honte! cria-t-il à Gérondeau.
Et se retournant vers Romain:
- Il est bien plus fort que moi, continua-t-il, n'acceptez pas.
- Qu'importe! fit Caldas.
Il joua mollement d'abord, en homme qui ne se soucie pas de gagner; au milieu de la partie, Gérondeau, enhardi par une avance de dix points, lui dit tout à coup:
- Au lieu d'absinthe, êtes-vous homme à tenir quatre bouteilles de vin de champagne pour le dîner?
- Quelle canaille! s'écria Basquin.
Caldas hésita un moment; il trouvait l'offre assez scandaleuse. Il accepta pourtant, mais il soigna son jeu et gagna à un point de différence, en n'en comptant pas trois que son adversaire lui vola.
Gérondeau était furieux d'avoir perdu. Il reconnaissait bien là, disait-il, sa déveine ordinaire. Comme il est plein d'amour-propre, il ne voulait pas s'avouer la supériorité de Caldas, et, convaincu qu'il devait gagner:
- Me donnez-vous ma revanche? demanda-t-il.
- Certainement, dit Romain.
C'était à Gérondeau de commencer. Il fit onze points de suite; la partie était en vingt.
Au onzième carambolage qui ouvrait une série, il fit une seconde motion:
- Tenez, dit-il, je suis bon prince, je joue, contre votre dîner, les quatre bouteilles de vin de Champagne que j'ai perdues et toute la consommation. Garçon, une bouteille de madère et des londrès!...
- Oh! oh! pensa Caldas, c'est par trop violent. Nous allons bien voir.
Et comme la joie avait fait manquer à Gérondeau son carambolage sûr, Caldas prit la queue et ne la quitta que la partie gagnée.
L'expéditionnaire aux douze mille livres de rente fut anéanti sur le moment. Mais, après réflexion, il dit tout bas à l'élégant Nourrisson:
- Je crois qu'il faut se défier de ce jeune homme. C'est un filou.
Au moment de partir, Caldas s'informa de ce monsieur maigre qu'il avait invité et qui déjeunait de
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