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Émile Gaboriau - Les gens de bureau
- Une place! firent en choeur les deux bohêmes.
- Oui, mes amis, j'entre au ministère de l'Équilibre.
- Paye-t-on la copie? demanda le critique.
- Cent francs par mois, répondit Romain, pour commencer.
- Alors, mordioux! fit le critique; saisissant la balle au bond, c'est toi qui régleras la consommation.
- Cent francs, reprit Cahusac, mais c'est la Californie; je demande une pioche... Voyons, qu'est-ce qu'il faut faire pour gagner tout cet argent-là?
- Pas grand'chose, en vérité. On arrive au bureau sur les dix heures; à cinq heures on est libre.
- Ça fait sept heures, observa Cahusac, c'est long!
- Y va-t-on tous les jours? demanda Greluchet.
- Dame, oui, les dimanches exceptés.
- Ça fait vingt-six jours par mois, remarqua le critique; c'est beaucoup.
- Je vous trouve superbes, reprit Caldas; est-ce que vous avez jamais gagné cent francs à travailler dans vos journaux?
- D'abord nous ne travaillons pas, répliqua Cahusac.
- Et nous sommes libres, ajouta Greluchet.
- Vous n'allez pas toujours où vous voulez, dit l'autre.
- Pas toujours, mais qu'importe?
- Il importe si bien, s'écria Cahusac, que de vos cent francs je ne veux en aucune sorte, et ne voudrais pas même à ce prix d'un tailleur.
IX
La fable du loup et du chien ne fit point revenir Caldas sur sa détermination. Il allait porter un collier, c'est vrai, mais le blesserait-il plus que le collier de misère, dont il gardait encore les cicatrices?
Plein de confiance en l'avenir, il écrivit à son père pour lui annoncer son changement d'existence. Cette lettre, qui devait combler de joie la moitié de la population de Céret (Pyrénées-Orientales), faisait honneur aux bons sentiments de Romain, le post-scriptum surtout, où il demandait quelque argent: un fils respectueux n'écrit jamais à ses parents sans leur demander de l'argent.
Caldas en avait un grand besoin, d'argent. M. Krugenstern, par oubli sans doute, avait négligé de payer le loyer et la pension de son protégé. Une fausse honte avait empêché Romain de lui rappeler ce détail important.
Bachi-bozouk littéraire, Caldas dînait le plus souvent de la razzia de l'imprévu. Il campait au bivouac de l'amitié ou de l'amour, - du crédit quelquefois. Incorporé dans les bataillons réguliers de l'administration,
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