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Émile Gaboriau - Les gens de bureau

fait preuve de goût.

Mademoiselle Célestine, de sa blanche main, servit le café aux convives.

Caldas prit une feuille de papier et, sous la dictée de Saint-Adolphe, il commença à écrire sa démission.

A ce moment la porte s'ouvrit, et M. Krugenstern apparut.

Il était radieux aujourd'hui, M. Krugenstern; il avait eu un billet pour la première représentation, un billet
de famille; il y avait mené sa femme et ses deux demoiselles. Il avait ri, il avait pleuré, il avait applaudi

surtout.

Quelque chose de la gloire de Romain rejaillissait sur lui, et il avait dit au foyer, dans un cercle de
journalistes:

- C'édre moi gue che l'hapille!

Aussi il venait proposer à son client de lui faire douze habillements complets.

- Ah! prenez garde, dit Romain, posant sa plume, c'est que je quitte le ministère.

- Che fus audorise, répondit M. Krugenstern.

La réussite n'a point fait oublier à Caldas son savoir vivre. Il reconnaît encore ses amis, quand il les
rencontre.

Sa démission envoyée officiellement par la poste, il se rendit au ministère prendre congé des gens à côté
desquels il avait vécu.

M. Le Campion est le dernier qu'il eut l'honneur de saluer.

Cet homme impénétrable se départit en cette circonstance de son mutisme habituel:

- J'ai vu votre pièce, lui dit-il; elle révèle un grand talent. Vous avez tort pourtant de quitter
l'Administration; votre écriture s'y était beaucoup améliorée.

FIN.

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