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Denis Diderot - Les Bijoux Indiscrets
est mieux ici.
- Comme il vous plaira, reprit Hippomanès. Si vous étes fatiguée, voilà un lit. Pour peu que le coeur vous en dise, je vous conseille de l'essayer. La jeune Astérie, la petite Phénice, qui s'y connaissent, m'ont assuré qu'il était bon. "
Tout en tenant ces impertinents propos à Alphane, Hippomanès tirait sa robe par les manches, délaçait son corset, détachait ses jupes, et dégageait ses deux gros pieds de deux petites mules.
Lorsque Alphane fut presque nue, elle s'aperçut qu'Hippomanès la déshabillait...
" Que faites-vous là ? s'écria-t-elle toute surprise. Président, vous n'y pensez pas. Je me fâcherai tout de bon.
- Ah, ma reine ! lui répondit Hippomanès, vous fâcher contre un homme qui vous aime comme moi, cela serait d'une bizarrerie dont vous n'êtes pas capable. Oserais-je vous prier de passer dans ce lit ?
- Dans ce lit ? reprit Alphane. Ah ! monsieur le président, vous abusez de ma tendresse. Que j'aille dans un lit ; moi, dans un lit !
- Eh ! non, ma reine, lui répondit Hippomanès. Ce n'est pas cela : qui vous dit d'y aller ? Mais il faut, s'il vous plaît, que vous vous y laissiez conduire ; car vous comprenez bien que de la taille dont vous êtes, je ne puis être d'humeur à vous y porter... " Cependant il la prit à bras-le-corps, et faisant quelque effort... " Oh ! qu'elle pèse ! disait-il. Mais, mon enfant, si tu ne t'aides pas, nous n'arriverons jamais. "
Alphane sentit qu'il disait vrai, s'aida, parvint à se faire lever, et s'avança vers ce lit qui l'avait tant effrayée, moitié à pied, moitié sur les bras d'Hippomanès, à qui elle balbutiait en minaudant : " En vérité, il faut que je sois folle pour être venue. Je comptais sur votre sagesse, et vous êtes d'une extravagance inouïe...
- Point du tout, lui répondait le président, point du tout. Vous voyez bien que je ne fais rien qui ne soit décent, très décent. " Je pense qu'ils se dirent encore beaucoup d'autres gentillesses ; mais le sultan n'ayant pas jugé à propos de suivre leur conversation plus longtemps, elles seront perdues pour la postérité : c'est dommage !
CHAPITRE XXXVI. SEIZIÈME ESSAI DE L'ANNEAU.. LES PETITS-MAÎTRES.
Deux fois la semaine il y avait cercle chez la favorite. Elle nommait la veille les femmes qu'elle y désirait, et le sultan donnait la liste des hommes. On y venait fort paré. La conversation était générale, ou se partageait. Lorsque l'histoire galante de la cour ne fournissait pas des aventures amusantes, on en imaginait, et l'on s'embarquait dans quelques mauvais contes, ce qui s'appelait continuer les Mille et une Nuits. Les hommes avaient le privilège de dire toutes les extravagances qui leur venaient, et les femmes celui de faire des noeuds en les écoutant. Le sultan et la favorite étaient là confondus parmi leurs sujets ; leur Présence n'interdisait rien de ce qui pouvait amuser, et il était rare qu'on s'ennuyât. Mangogul avait compris de bonne heure que ce n'était qu'au pied du trône qu'on trouve le plaisir, et personne n'en descendait de meilleure grâce, et ne savait déposer plus à propos la majesté.
Tandis qu'il parcourait la petite maison du sénateur Hippomanès, Mirzoza l'attendait dans le salon couleur de rose, avec la jeune Zaïde, l'enjouée Léocris, la vive Sérica, Amine et Benzaire, femmes de
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