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Denis Diderot - Les Bijoux Indiscrets
cours dans cette sublime école avant que d'entrer au sérail ?
- Point de mauvaises plaisanteries, reprit Mirzoza. Je ne conclus pas seulement de la possibilité ; je pars d'un fait, d'une expérience.
- Oui, continua Mangogul, d'un fait mutilé, d'une expérience isolée, tandis que j'ai pour moi une foule d'essais que vous connaissez bien ; mais je ne veux point ajouter à votre humeur par une plus longue contradiction.
- Il est heureux, dit Mirzoza d'un ton chagrin, qu'au bout de deux heures vous vous lassiez de me persécuter.
- Si j'ai commis cette faute, répondit Mangogul, je vais tâcher de la réparer. Madame, je vous abandonne tous mes avantages passés ; et si je rencontre dans la suite des épreuves qui me restent à tenter, une seule femme vraiment et constamment sage...
- Que ferez-vous ; interrompit vivement Mirzoza...
- Je publierai, si vous ,voulez, que je suis enchanté de votre raisonnement sur la possibilité des femmes sages ; j'accréditerai votre logique de tout mon pouvoir, et je vous donnerai mon château d'Amara, avec toutes les porcelaines de Saxe dont il est orné, sans en excepter le petit sapajou en émail et les autres colifichets précieux qui me viennent du cabinet de Mme de Vérue.
- Prince, dit Mirzoza, je me contenterai des porcelaines, du château et du petit sapajou.
- Soit, répondit Mangogul ; Sélim nous jugera. Je ne demande que quelque délai avant que d'interroger le bijou d'Églé. Il faut bien laisser à l'air de la cour et à la jalousie de son époux le temps d'opérer. "
Mirzoza accorda le mois à Mangogul ; c'était la moitié plus qu'il ne demandait ; et ils se séparèrent également remplis d'espérance. Tout Banza l'eût été de paris pour et contre, si la promesse du sultan se fût divulguée. Mais Sélim se tut, et Mangogul se mit clandestinement en devoir de gagner ou de perdre. Il sortait de l'appartement de la favorite, lorsqu'il l'entendit qui lui criait du fond de son cabinet :
" Prince, et le petit sapajou ?
- Et le petit sapajou ", lui répondit Mangogul en s'éloignant.
Il allait de ce pas dans la petite maison d'un sénateur, où nous le suivrons.
CHAPITRE XXXV. QUINZIÈME ESSAI DE L'ANNEAU.. ALPHANE.
Le sultan n'ignorait pas que les jeunes seigneurs de la cour avaient tous des petites maisons ; mais il apprit que ces réduits étaient aussi à l'usage de quelques sénateurs. Il en fut étonné. " Que fait-on là ? se dit-il à lui-même (car il conservera dans ce volume l'habitude de parler seul, qu'il a contractée dans le premier). Il semble qu'un homme, à qui je confie la tranquillité, la fortune, la liberté et la vie de mon peuple, ne doit point avoir de petite maison. Mais la petite maison d'un sénateur est peut-être autre chose que celle d'un petit-maître... Un magistrat devant qui l'on discute les intérêts les plus grands de mes sujets, et qui tient en ses mains l'urne fatale d'où il tirera le sort de la veuve, oublierait la dignité de son état, l'importance de son ministère ; et tandis que Cochin fatigue vainement ses poumons à porter jusqu'à ses oreilles les cris de l'orphelin, il méditerait dans sa tête les sujets galants qui doivent orner les dessus
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