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Denis Diderot - Les Bijoux Indiscrets
vérité, cela n'en vaut pas la peine. S'il est ridicule de rougir de l'action, ne l'est-il pas infiniment davantage de rougir de l'expression ? J'aime à la folie les insulaires dont il est question dans ce précieux journal ; ils appellent tout par leur nom ; la langue en est plus simple, et la notion des choses honnêtes ou malhonnêtes mieux déterminée..
MIRZOZA.
Là, les femmes sont-elles vêtues ?...
MANGOGUL.
Assurément ; mais ce n'est point par décence, c'est par coquetterie : elles se couvrent pour irriter le désir et la curiosité...
MIRZOZA.
Et cela vous paraît tout à fait conforme aux bonnes moeurs ?
MANGOGUL.
Assurément...
MIRZOZA.
Je m'en doutais.
MANGOGUL.
Oh ! vous vous doutez toujours de tout. "
En s'entretenant ainsi, il feuilletait négligemment son journal, et disait : " Il y a là dedans des usages tout à fait singuliers. Tenez, voilà un chapitre sur la configuration des habitants. Il n'y a rien que votre excellente pruderie ne puisse entendre. En voici un autre sur la toilette des femmes, qui est tout à fait de votre ressort, et dont peut-être vous pourrez tirer parti. Vous ne me répondez pas ! Vous vous méfiez toujours de moi.
- Ai-je si grand tort ?
- Il faudra que je vous mette entre les mains de Cyclophile, et qu'il vous conduise parmi ses insulaires. Je vous jure que vous en reviendrez infiniment parfaite.
- Il me semble que je le suis assez.
- Il vous semble ! cependant je ne saurais presque dire un mot sans vous donner des distractions. Cependant vous en vaudriez beaucoup mieux, et j'en serais beaucoup plus à mon aise, si je pouvais toujours parler, et si vous pouviez toujours m'écouter.
- Et que vous importe que je vous écoute ?
- Mais après tout, vous avez raison. Ah çà, à ce soir, à demain, ou à un autre jour, le chapitre de la figure de nos insulaires, et celui de la toilette de leurs femmes. "
CHAPITRE XIX. DE LA FIGURE DES INSULAIRES, . ET DE LA TOILETTE DES FEMMES.
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