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Denis Diderot - Les Bijoux Indiscrets

- A déterminer le rapport nécessaire de chaleur entre deux époux...

- Et ces rapports connus ?

- Ces rapports connus, on gradua des thermomètres applicables aux hommes et aux femmes. Leur figure
n'est pas la même ; la base des thermomètres féminins ressemble à un bijou masculin d'environ huit

pouces de long sur un pouce et demi de diamètre ; et celle des thermomètres masculins, à la partie

supérieure d'un flacon qui aurait précisément en concavité les mêmes dimensions. Les voilà, me dit-il en

m'introduisant dans le temple, ces ingénieuses machines dont vous verrez tout à l'heure l'effet ; car le

concours du peuple et la présence des sacrificateurs m'annoncent le moment des expériences sacrées. "

Nous perçâmes la foule avec peine, et nous arrivâmes dans le sanctuaire où il n'y avait pour autels que
deux lits de damas sans rideaux. Les prêtres et les prêtresses étaient debout autour, en silence, et tenant

des thermomètres dont on leur avait confié la garde, comme celle du feu sacré aux vestales. Au son des

hautbois et des musettes, s'approchèrent deux couples d'amants conduits par leurs parents. Ils étaient

nus ; et je vis qu'une des filles avait le bijou circulaire, et son amant le bijou cylindrique.

" Ce n'est pas là merveille, dis-je à Cyclophile.

- Regardez les deux autres, " me répondit-il.

J'y portai la vue. Le jeune homme avait un bijou parallélépipède, et la fille un bijou carré.

" Soyez attentif à l'opération sainte, " ajouta Cyclophile.

Alors deux prêtres étendirent une des filles sur l'autel ; un troisième lui appliqua le thermomètre sacré ; et
le grand pontife observait attentivement le degré où la liqueur monta en six minutes. Dans le même

temps, le jeune homme avait été étendu sur l'autre lit par deux prêtresses ; et une troisième lui avait

adapté le thermomètre. Le grand prêtre ayant observé ici l'ascension de la liqueur dans le même temps

donné, il prononça sur la validité du mariage, et renvoya les époux se conjoindre à la maison paternelle.

Le bijou féminin carré et le bijou masculin parallélépipède furent examinés avec la même rigueur,

éprouvés avec la même précision ; mais le grand prêtre, attentif à la progression des liqueurs, ayant

reconnu quelques degrés de moins dans le garçon que dans la fille, selon le rapport marqué par le rituel

(car il y avait des limites), monta en chaire, et déclara les parties inhabiles à se conjoindre. Défense à

elles de s'unir, sous les peines portées par les lois ecclésiastiques et civiles contre les incestueux.

L'inceste dans cette île n'était donc pas une chose tout à fait vide de sens. Il y avait aussi un véritable

péché contre nature ; c'était l'approche de deux bijoux de différents sexes, dont les figures ne pouvaient

s'inscrire ou se circonscrire.

Il se présenta un nouveau mariage. C'était une fille à bijou terminé par une figure régulière de côtés
impairs, et un jeune homme à bijou pyramidal, en sorte que la base de la pyramide pouvait s'inscrire dans

le polygone de la fille. on leur fit l'essai du thermomètre, et l'excès ou le défaut s'étant trouvé peu

considérable dans le rapport des hauteurs des fluides, le pontife prononça qu'il y avait cas de dispense, et

l'accorda. On en faisait autant pour un bijou féminin à plusieurs côtés impairs, recherché par un bijou

masculin et prismatique, lorsque les ascensions de liqueur étaient à peu près égales.

Pour peu qu'on ait de géométrie, l'on conçoit aisément que ce qui concernait la mesure des surfaces et des
solides était poussé dans l'île à un point de perfection très élevé, et que tout ce qu'on avait écrit sur les

figures isopérimètres y était très essentiel ; au lieu que parmi nous ces découvertes attendent encore leur

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