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Denis Diderot - Les Bijoux Indiscrets
débattait, se démenait de droite et de gauche, et dérangeait le ruban et les mesures du menuisier, qui disait : " Madame, il n'est pas encore temps de crier ; je ne vous fais point de mal. Je ne saurais y procéder avec plus de ménagement. Si vous n'y prenez garde, la besogne ira tout de travers ; mais vous n'aurez à vous en prendre qu'à vous-même. Il faut accorder à chaque chose son terrain. Il y a certaines proportions à garder. Cela est plus important que vous ne pensez. Dans un moment il n'y aura plus de remède ; et vous serez au désespoir. "
LE PONTIFE.
Et vous entendiez tout cela, seigneur ?
LE SULTAN.
Comme je vous entends.
LE PONTIFE.
Et la femme ?
LE SULTAN.
Il me sembla, ajouta l'interlocuteur, qu'elle était à demi persuadée ; et je présumai, à la distance de ses talons, qu'elle commençait à se résigner. Je ne sais trop ce qu'elle disait au menuisier ; mais le menuisier lui répondait : " Ah ! c'est de la raison que cela ; qu'on a de peine à résoudre les femmes ! " Ses mesures prises un peu plus tranquillement, maître Anofore étendant son ruban couleur de rose pâle sur un petit pied de roi, et tenant un crayon, dit à la dame : " Comment le voulez-vous ?
- Je n'entends pas.
- Est-ce dans la proportion antique, ou dans la proportion moderne ?... "
LE PONTIFE.
O profondeur des décrets d'en haut ! combien cela serait fou, si cela n'était pas révélé ! Soumettons nos entendements, et adorons.
LE SULTAN.
Je ne me rappelle plus la réponse de la dame ; mais le menuisier répliqua : " En vérité, elle extravague ; cela ne ressemblera à rien. On dira : Qui est l'âne qui a percé ce cul-là ?... "
LA DAME.
" Trêve de verbiage, maître Anofore, faites-le comme je vous dis
ANOFORE.
" Faites-le comme je vous dis ! Madame, mais chacun a son honneur à garder... "
LA DAME.
" Je le veux ainsi, et là, vous dis-je. Je le veux, je le veux... " Le menuisier riait à gorge déployée ; et moi donc, croyez-vous que j'étais sérieux ? Cependant Anofore trace ses lignes sur le ruban, le remet en
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