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Denis Diderot - Les Bijoux Indiscrets
sagacité possible au caquet des bijoux. En un mot, son avis est que les bijoux parlaient comme les oiseaux chantent ; c'est-à-dire, si parfaitement sans avoir appris, qu'ils étaient sifflés sans doute par quelque intelligence supérieure.
Et de son prince, qu'en fait-il ? me demandez-vous. Il l'envoie dîner chez la favorite, du moins c'est là que nous le trouverons dans le chapitre suivant.
CHAPITRE XLIV. HISTOIRE DES VOYAGES DE SÉLIM.
Mangogul, qui ne songeait qu'à varier ses plaisirs, et multiplier les essais de son anneau, après avoir questionné les bijoux les plus intéressants de sa cour, fut curieux d'entendre quelques bijoux de la ville ; mais comme il augurait assez mal de ce qu'il en pourrait apprendre, il eût fort désiré les consulter à son aise, et s'épargner la peine de les aller chercher.
Comment les faire venir ? c'est ce qui l'embarrassait.
" Vous voilà bien en peine à propos de rien, lui dit Mirzoza. Vous n'avez, seigneur, qu'à donner un bal, et je vous promets ce soir plus de ces harangueurs, que vous n'en voudrez écouter.
- Joie de mon coeur ! vous avez raison, lui répondit Mangogul ; votre expédient est même d'autant meilleur, que nous n'aurons, à coup sûr, que ceux dont nous aurons besoin.
Sur-le-champ, ordre au Kislar-Agasi, et au trésorier des plaisirs, de préparer la fête, et de ne distribuer que quatre mille billets. On savait apparemment là, mieux qu'ailleurs, la place que devaient occuper six mille personnes.
En attendant l'heure du bal, Sélim, Mangogul et la favorite se mirent à Parler nouvelles.
" Madame sait-elle, dit Sélim à la favorite, que le pauvre Codindo est mort ?
- En voilà le premier mot : et de quoi est-il mort ? demanda la favorite.
- Hélas ! madame, lui répondit Sélim, c'est une victime de l'attraction. Il s'était entêté, dès sa jeunesse, de ce système, et la cervelle lui en a tourné sur ses vieux jours.
- Et comment cela ? dit la favorite.
- Il avait trouvé, continua Sélim, selon les méthodes d'Halley et de Circino, deux célèbres astronomes du Monoémugi, qu'une certaine comète qui a tant fait de bruit sur la fin du règne de Kanoglou, devait reparaître avant-hier ; et dans la crainte qu'elle ne doublât le pas, et qu'il n'eût pas le bonheur de l'apercevoir le premier, il prit le parti de passer la nuit sur son donjon, et il avait encore hier, à neuf heures du matin, l'oeil collé à la lunette. Son fils, qui craignait qu'il ne fût incommodé d'une si longue séance, s'approcha de lui sur les huit heures, le tira par la manche et l'appela plusieurs fois :
" Mon père, mon père ; " point de réponse " Mon père, mon père, " réitéra le petit Codindo.
" - Elle va passer, répondit Codindo ; elle passera. Oh ! parbleu, je la verrai !
" - Mais, vous n'y pensez pas, mon père, il fait un brouillard effroyable...
" - Je veux la voir ; je la verrai, te dis-je.
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